Compte rendu d’invité – La URUN : 10 km à Singapour + 30 étages

28 mai 2013

La saga marathon – Episode 5 : Que dis-je, c’est un cap ?

28 mai 2013

C’est dans la tête … !

28 mai 2013
empty image
empty image

“50% dans les jambes, 50% dans la tête”. “Si t’as le mental, ça va le faire”. “C’est dans la tête”. “Ne lâche rien”.
La question du mental revient systématiquement dans les conseils des coureurs à pied chevronnés. D’autant plus lorsqu’on parle de marathon. Alors c’est bien beau de se dire “ouais, super, j’suis forte mentalement, j’vais tout déchireeeeerrr, j’ai peur de rien”. Mais en vrai, de quoi parle-t-on quand on évoque le “mental” du runner ? Éléments de réponse (comme ils disent dans le JT d’M6).

Avant toute chose, parlons bagnoles

Brain and RunningMon copain adore le rallye automobile (personne n’est parfait) et m’a raconté deux anecdotes intéressantes. D’ailleurs, il n’est pas rare que les médias spécialisés en running comparent le corps d’un runner à la mécanique d’une voiture donc je trouve tout à fait à propos de vous les relater :

  • La première vient d’un ami mécanicien dans une écurie de rallye automobile : un jour, un pilote peste contre sa voiture “c’est quoi ce bordel, y’a un souci sur la caisse, je la sens pas là”. Les mécanos regardent, constatent que tout est normal mais _pas bêtes_ lui disent “c’est ok, on a changé les freins”. Le gars est reparti, a super géré sa course et a trouvé la voiture au top !
  • La seconde, c’est lui qui l’a vécue à l’occasion d’un stage dans ce même secteur. Cette fois, le pilote trouvait que la voiture n’avait pas de punch, qu’elle n’avançait pas. Les mécanos regardent, à l’aide de je ne sais quel dispositif technique, l’inclinaison de l’accélérateur. Ils constatent que le pilote n’appuyait tout simplement pas assez sur la pédale ! Une fois qu’il en a pris conscience, il a rectifié le truc et a fait une très belle course.

Et donc ?

chien apeuréLa tête et le corps ne sont pas deux entités à distinguer l’une de l’autre : elles fonctionnent ensemble. Tu es intimidé ? Tu rougis. Tu es stressé ? Tu transpires : tes émotions sont trahies par ton corps. Je ne pense pas qu’”avoir le mental” se limite à être têtu(e)/coriace. Il y de ça, bien sûr, mais il y a aussi la capacité à être à l’écoute de ses sensations et de ses craintes, à ne pas se voiler la face.

L’échéance d’une course génère une émotion assez complexe et insidieuse. Peur de ne pas atteindre son objectif, de se décevoir, de décevoir les autres, de rater. Pour masquer cette crainte, certains en font trop et se fatiguent, d’autres se cherchent inconsciemment des excuses avant même de se frotter à la course, d’autres encore nient en bloc la moindre hésitation et usent de la méthode coué : “j’vais y arriver, j’vais y arriver, j’vais y arriver”.

Or, je pense qu’il est important de prendre conscience de ce qu’on a dans le crâne en écoutant ces petits signaux envoyés par le corps et qui ne trompent pas :

  • Les douleurs alors qu’il n’y a pas (encore) de blessure. Message “bon, lève le pied là, je fatigue et si tu continues, je vais me blesser pour de bon.”.
    Je crois que c’est ce qu’il m’est arrivé avec ma légère douleur au tendon d’Achille : j’avais besoin de bien respecter ma semaine de relâchement et mon corps me l’a rappelé, juste au cas où.
  • Se mettre en sous-régime. Message “j’ai peur de rater mais je ne l’avoue pas, donc du coup j’y vais molo et j’ai une excuse toute trouvée : je dirai que j’étais pas en forme.”

Mais à l’inverse, je crois que si on est attentif à ses sensations ET à ses “sentiments”, le corps peut être un allié et mettre une douleur en sourdine pour te permettre de réussir un objectif. Message “Ok, t’as été cool, j’te laisse tranquille pour cette fois”.

Bon, tout ça reste de la psychologie de comptoir ! Mais c’est assez intéressant à penser.

Je lisais l’autre jour un article sur Runner’s évoquant la peur de courir. J’crois qu’on l’a tous plus ou moins, à un moment ou un autre. Et il est important de se l’avouer afin de ne pas laisser trop de place aux angoisses inconscientes qui, au final, mettent des bâtons dans les roues.

Mes astuces anti-flip

  • Souvent, pendant que je cours, je me dis “quand même, tout le monde ne pourrait pas courir comme je le fais. J’ai bien travaillé”. Oui, je m’auto-congratule. Alors non je ne suis pas un petit génie de la course à pied, mais je cours. Souvent, longtemps, en m’améliorant. C’est déjà bien.
  • Tout est une question de point de vue : à moins d’espérer devenir un champion du monde, il y aura toujours meilleur que soi. Donc autant se concentrer sur sa propre progression sans être complexé par les perf’ des autres.
  • Je m’écoute et suis attentive aux petits signes (sans tomber dans la parano de la pseudo analyse psychologique) : une douleur anormale, un manque de motivation, une fatigue récurrente, une tendance à trop penser à ma course sans que ça ne m’apporte grand chose ? J’essaie de prendre du recul et de voir si c’est pas l’arbre qui cache la forêt.
Ceci est un panda apeuré. Il n'a aucune valeur ajoutée dans cet article mais il est trop cuuuute !

Ceci est un panda apeuré. Il n’a aucune valeur ajoutée dans cet article mais il est trop cuuuute !

12 comments

  1. Je fais une nuance entre la capacité à ne pas trop flipper (donc pour éviter de s’inhiber en se trouvant des douleurs, des excuses, etc…) et la capacité à tenir la douleur quand on est proche de la limite (donc à aller chercher son potentiel maximum). C’est deux notions différentes pour moi. Je considère que je suis plus sensible au premier problème (je dramatise toujours trop). En tout cas, même si tout comme pour le physique, il y a une part d’inné dans cette affaire, ça se travaille, en permanence. J’ai aussi toute une liste d’astuces et de petites méthodes pour tenir le choc sur ces problèmes (j’ai même donné un nom à ma méthode, c’est dire si j’y pense trop ;). Mais chaque personne doit trouver les siens, ça prend un peu de temps et surtout, de coups de pied au cul. C’est en prenant des grosses claques (allo, le Paris Versailles ?) que tu apprends comme le corps et la tête réagissent.

    1. Sérieux, écris un bouquin ! Tu gamberges tellement qu’il y a matière j’suis sûre.
      Mais cette capacité à tenir la douleur, c’est psychologique aussi, non ? C’est la tête qui te fait oublier que tu as mal. Après, c’est peut-être pas le même processus, c’est vrai …
      Enfin, comme je le précise dans le post, on est dans de la psychologie de comptoir, je suis loin d’avoir suffisamment de connaissance en la matière pour me targuer de faire un vrai et solide article sur la question !

      1. Avec deux marathons dans les pattes, c’est pas assez, mais j’écris j’écris, je ferai une synthèse un jour ! Et j’ai pas assez de recul. Déjà, pas assez de claques. Franchement, je dois être sado maso, mais il y a des fois, je me suis presque tenté de pousser trop pour voir comment ça fait. Style… le mur. Je suis ravi, je l’ai pas pris. Mais un jour, il va venir, et quelque part, je suis curieux de ma réaction.

        Et la douleur, c’est très psychologique de pouvoir la tenir. C’est sûr que c’est des ressorts mentaux. Mais même si je me prépare bien à les utiliser, quand tu es en fin de course, la lucidité n’est plus vraiment là, et il y a vraiment des moments où je me demande ce qui me pousse à ne pas lâcher un peu. J’ai des idées, mais je suis toujours un débutant je trouve. Donc je note je note, j’essaye de me souvenir (si si, il y a des fins de course, tu me demandes des détails sur l’arrivée, du style, « y avait du monde ? », je suis infoutu de répondre), on fera la synthèse après 😉

  2. Très bon article ! Après, lors d’une course, je pense aussi que ton « humeur » du jour peut vachement jouer sur ça. Si tu es en bonne forme et motivée parce que tu as bien dormi, que tu as bien mangé et que tu sais que tout le monde est derrière toi, tu vas aller chercher au plus profond pour terminer une course alors que si tu es en moyenne forme, fatigué.. Dès fois, il vaut mieux ne pas prendre le départ de la course (surtout pour ceux qui font des Ultras je pense).
    Le coup de la douleur que l’on met en sourdine, ça j’y crois par contre, si tu es bon dans la tête, les jambes sont capables de suivre. Après tout, le corps humain est fait pour ça et il y a pleins de ressources que l’on a pas encore exploité..
    J’ai un peu mal au tendon d’achille moi aussi, avec les quelques courses que j’ai fais, je me suis tordue la cheville, et pendant une semaine j eme suis mise au repos et cela va beaucoup mieux maintenant 🙂 Savoir écouter son corps est tellement important

    1. Oui, j’crois que le sport aide aussi à ce que le mental et le corps fassent ami/ami. Ça me fait penser aux nanas au régime qui se contraignent psychologiquement de manière hyper violente … Et au final le corps se venge et le régime est quasi toujours un échec (comment ça, ça n’a rien à voir ? ^^). Enfin ce que je veux dire, c’est que le sport aide beaucoup à trouver un équilibre !
      Après, l’humeur … J’imagine qu’elle se travaille aussi ! Si tu prépares un ultra, tu t’organises pour bien manger, bien récupérer, te coucher tôt … bref, mettre toutes les chances de ton côté pour partir dans de bonnes conditions physiques et psychologiques.

  3. Article et sujet passionnant ou il est difficile d’avancer des vérités.

    Une chose est certaine est que le corps et l’esprit marche ensemble. Il est difficile de prétendre faire une performance ou un exploit si l’un et l’autre ne sont pas au diapason.

    Et le corps comme l’esprit se travaille à l’entrainement. C’est, à mon avis, encore plus vrai dans les courses au-delà du Marathon, pompeusement appelées « ultra ». Non pas que les distances inférieures au Marathon demandent moins de ressources psychologiques. Mais elles sont avant tout tributaires de phénomènes physiologiques. Un sportif peut avoir tout le mental qu’il veut, il ne pourra pas soutenir un effort maximum plus que quelques secondes. Idem pour soutenir des efforts importants sans apport d’énergie. Pour reprendre l’image de la voiture, si elle n’a plus de carburant elle ne pourra plus avancer, même avec Alain Prost au volant.

    Sur des distances au-delà, le corps et l’esprit font quasi jeu égal. Sur l’ultra trail, c’est la multitude de paramètres à gérer, comme le climat, hydratation, la nutrition, la gestion de l’effort, qui laisse à l’esprit une grosse part à jouer même si au final, c’est le corps qui a le dernier mot. En effet, un moral en berne te fera avancer doucement, un corps épuisé de fera stopper net.

    D’après moi, le mental serait comme un volet de sécurité, une sorte de bonus temporaire qui te donnerait la possibilité (ou non) de dépasser la douleur et/ou de mobiliser efficacement l’énergie disponible jusqu’à un certain seuil, propre aux capacités physique du sportif en question.

    Ce que je viens d’écrire n’est pas franchement réfléchi et structuré, mais ça fait parler… C’est déjà bien 🙂

    1. Mais oui, ça fait parler et en plus ça nourrit ma « réflexion » (un peu pompeux comme mot, mais bon) ! Du coup je me demande COMMENT ça se travaille ? J’veux dire, à part en faisant des sorties longues (qui habituent l’esprit à l’idée de courir longtemps) ou en se « rentrant dedans » à l’entraînement … Est-ce qu’il existe, je sais pas, des exercices de visualisation, de préparation purement mentale ? Ou tout ça se joue essentiellement en parallèle de la préparation physique. C’est marrant, parce que je me rends compte que je « sépare » corps et esprit alors que j’écris moi-même dans mon post que ça marche ensemble. Bref, je suis loin d’avoir tiré tout ça au clair ^^

      1. Pour moi, ça me paraît difficile de s’entrainer mentalement en dehors des conditions que tu peux vivre en course. A la limite tu peux travailler à la maison les exercices de visualisation mais je ne suis pas certain que ça serve à grand-chose tant que tu n’es physiquement dans le rouge.
        Après, si c’est pour surmonter un stress ou une angoisse d’avant course, alors là oui, c’est autre chose et tu peux le travailler facilement de chez toi.

        A l’entraînement, il existe des dizaines d’exercices qui renforceront ton mental, à adapter en fonction de ta personnalité et ce que tu cherches à renforcer (la résistance à la douleur, la détermination, la confiance, etc).
        L’entraînement sert à habituer le corps à un traumatisme qu’est l’effort physique que tu es en train de produire. C’est la même chose pour le mental. Une défaillance psychologique en course comme l’envie d’abandonner est un traumatisme psychologique qu’il est plus facile de surmonter si tu l’as expérimenté à l’entraînement.

        Faut dire que je suis partisan du « qui peut le plus peut le moins » et que mes entraînements sont parfois plus difficiles que ce que je vais vivre en compétition. C’est un peu la méthode bourrin faut l’avouer, mais ça me réussit plutôt bien.

        Il existe pas mal de livres sur la préparation mentale.
        J’en ai lu un qui a le mérite de se lire facilement, à défaut d’être exceptionnel, c’est « Sports d’Endurance – Repoussez vos limites – Se façonner un mental de gagnant, programmer son succès » de Patrick Toth. C’est très concret et axé sur la pratique.

  4. vaste sujet que le mental mais suis assez d’accord avec ta psychologie de comptoir 😉
    l’esprit et le corps sont liés l’un à l’autre et il faut savoir s’écouter pour pouvoir se dépasser ….

Leave a comment