Marathon d’Athènes #2 : le corps, la tête, le coach, les 400m et moi

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Conscience du corps et course à pied

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Lorsqu’on raconte nos histoires de course à pied, on a très souvent tendance à détacher nos corps de nous-mêmes. Le corps devient « il », une chose que nous malmenons, qui se rebelle, qui ne veut plus obéir, qui s’exprime ou au contraire, qui devient un allié. Mais pourquoi donc éjecter nos corps de nous-mêmes de la sorte ?

J’avais été frappée par une phrase du film LNRun. Hélène y dit (en substance) « en courant, j’ai pris conscience que j’avais un corps ». Je vois très bien ce qu’elle veut dire mais je propose d’y ajouter une petite nuance. Est-ce que « prendre conscience que j’ai un corps » ne devrait pas plutôt se dire « prendre conscience que je suis un corps ». Peut-être que ça nous éviterait bien des emmerdes.

Un corps, un esprit ET un individu ?

Au début de mon entraînement pour le marathon, alors que je me battais avec les fractionnés imposés par mon coach, j’avais imaginé une petite scénette durant laquelle mon corps et mon esprit se chamaillaient, m’empêchant de progresser et d’atteindre mes objectifs. J’aurais aimé vous l’écrire mais mon déménagement (entre autres) a eu raison de ma créativité. L’histoire concluait que l’objectif de l’entraînement était de mettre d’accord corps et esprit pour qu’ils marchent ensemble vers un même objectif. Soit.

Entre temps, je me suis fait violence, j’ai arrêté de trop réfléchir et j’ai bouclé mes séries de 400m, puis de 600m. Alors je me dis : quelle injustice ! On accuse le corps de tous les maux. Qu’il ne veut pas avancer, qu’il ne suit pas, qu’il bloque. Alors que si on le laisse s’exprimer, sans intellectualiser ce qui n’a pas besoin de l’être, il donne, je crois, le meilleur de « lui »-même.

Il = Je ?

Mais ce « lui » n’est-il pas tout simplement « je » ? Je donne le meilleur de moi-même, je m’entraîne, je progresse (ou pas), je fais des efforts. C’est moi que je façonne en mettant en mouvement mes jambes et en faisant battre mon cœur un peu plus fort. Je suis cette chose qui bouge, qui change, qui se renforce. Mais je suis aussi cette chose qui pense et qui pense trop. Donc. Nous sommes un corps qui pense ?

La course à pied permet cette expérience de l’union du corps et de l’esprit. C’est une union qui ne peut pas se penser, elle ne peut que se vivre. Je n’envie pas celles et ceux qui ne connaissent pas ça. Tous ces gens qui se battent encore contre leur corps, contre leurs kilos, contre leurs défauts réels ou imaginés, qui n’ont pas conscience que ce qu’ils combattent, c’est tout simplement eux-mêmes, dans leur unité et dans leur globalité. On ne peut pas attaquer le corps sans toucher à l’esprit, et vice versa.

J’ai décidé de ne pas me battre contre moi mais de rassembler toutes mes forces, de quelque nature qu’elles soient, pour aller là où j’ai envie d’aller. C’est-à-dire, dans le stade d’Athènes, le 9 novembre 2014 … de préférence avant 13H. 

panathenaicstadium

20 comments

  1. Je suis partisan du 50/50!

    50% de notre performance est due au physique et 50% au mental! Travailler l’un sans penser à l’autre devrait être antinomique en course à pied!

    Pourquoi 50%? Parce que le jour J, que ce soit un entrainement ou une compet, tu as beau être fin prêt physiquement, si tu n’as pas l’envie, le mental pour te dépasser tu ne fais pas une perf. On aime souvent se convaincre qu’on a envie et en milieu de course on lâche et on se demande pourquoi?

    Bref… J’aime ta psychologie actuelle 🙂

    1. Je pense effectivement que le « mental » et le « physique » sont importants à part égale dans la performance mais je pense qu’on « sépare » trop ces deux aspects de ce que nous sommes. Le physique influe énormément sur le mental et vice versa, pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont qu’une seule et même « chose ». Enfin, c’est comme ça que j’essaie de plus en plus d’appréhender les choses même si c’est quasi impossible de ne pas faire la différence mental/physique cerveau/corps. C’est ancré dans notre culture, certainement …

  2. Oui, ça nous arrive à tous de parler de notre corps à la troisième personne. De mon côté, je ne distingue pas vraiment mon corps quand j’en parle « j’ai la forme » ou je ne l’ai pas. En revanche mes jambes prennent cher (« elles n’avancent pas, elles se traînent… »).
    Je pense comme Runningaddict qu’il y a un équilibre, et que les deux, si on doit s’efforcer de ne pas les dissocier en course, sont pourtant indépendants l’un de l’autre. Pour preuve, en ce moment en période d’examen, mon mental n’est pas là, pourtant je sens que physiquement j’ai une bonne foulée et de la force. Mais je n’avance pas.. Au surplus, selon moi, il y a une troisième entité: le corps plus fondamental. Chez moi ça se manifeste quand je suis « profondément » mal, comme en ce moment (je ne suis pas mourante hein!) où j’ai une carence en fer. Et là, ma tête a beau vouloir et mon physique être bien, je ne peux pas, car je n’ai pas de jus, pas de carburant en somme.

    Et pour une prépa marathon, je comprends que tu essaies d’équilibrer tout ça, car c’est un entraînement de longue haleine: novembre est encore loin!

    Et superbe le stade! 🙂

    1. Je trouve que tu fais la démonstration que corps et esprit sont la même « chose » ! Ta tête ne suit pas : les conséquences sur le corps sont immédiates puisque tu dis « ne pas avancer ». Je pense que pour réussir à percevoir la réalité corps/esprit, il faudrait être à la fois psychiatre, psychologue, biologiste et …. à peu près toutes les sciences qui étudient l’humain. Le souci, c’est que la science sépare historiquement le corps et l’esprit pour étudier l’humain. Donc, forcément, nous aussi on sépare. Mais y’a trop de liens pour que ce soit parfaitement juste. Enfin bref … Tout ça n’est que spéculation mais je trouve que la CAP aide à percevoir ça.

  3. Ah ba je reconnais bien volontiers qu’il m’arrive de parler de mon corps à l’entrainement: comme se soir par exemple où je me suis traînée… Et dans ma petite tête d’ampoule grillée je me suis dit « Fuck mes jambes pourquoi elles avancent pas, elles sont mauvaises…. »

    Je pense comme runningaddict, sur les courses notamment un marathon il y a quand même un moment où il faut que le mental se détache du physique pour continuer à avancer. (D’ailleurs dans ses moments là je me parle à moi même parfois à haute voix je me dit que je dois bien avoir l’air cruche d’ailleurs!)

    1. Ahaha, on serait tous un peu schizophrènes alors 😉 ? Ça m’arrive aussi d’avoir la sensation que « les jambes ne veulent pas », mais n’est-ce pas juste un bout d’un « nous » global qui n’est plus en état. Je veux dire, quand t’as plus de jambes DU TOUT, tu peux mettre toute la force mentale que tu veux, ça marchera pas. Je pense que le mental sert à puiser plus loin dans les forces physiques mais ne fera pas de miracles non plus. Ça ressemble à un miracle parce que peut-être qu’on sous-estime nos forces à la bases. Je sais pas … Je divague ^^

  4. Je vois en permanence mon corps comme quelque chose de séparé de moi-même, tout simplement parce que ça colle en permanence. Je suis la phrase « nous sommes un être spirituel faisant une expérience physique » et je vois mon corps comme un vaisseau qui m’aide dans cette expérience, comme une peau dans laquelle je me suis glissée. Ça ne m’empêche pas de le voir comme un grand ami, et même, ça me pousse souvent à en prendre davantage soin, comme pour le remercier ^^

    1. Ah ouais, c’est une perception complètement différente ! Je trouve qu’il y a trop de liens entre le corps et l’esprit pour limiter le corps à un « vaisseau », une simple incarnation physique de l’âme. Je pense au contraire qu’on dénigre trop le corps … Ou au contraire, qu’on l’instrumentalise, oubliant que ce corps… C’est tout simplement nous. Tout se traduit physiquement : l’état de santé, de fatigue, le bonheur, le malheur, le manque, l’amour, les émotions, les besoins fondamentaux.
      Mais ce n’est qu’un point de vue, qui n’a, à ma connaissance, aucun fondement scientifique pour la simple et bonne raison que la science étudie le corps et l’esprit de manière distincte.

  5. Moi il m’arrive de remercier mes jambes quand elles ont bien bossé. Et ce n’est pas dissocier le corps de l’esprit, mais récompenser son cerveau à voix haute pour l’effort qu’il a fourni à-travers le corps. Et c’est comme l’électronique, si on le félicite à voix haute, il évite les bug. Le nombre de fois où mon imprimante m’a lâchée quand je l’ai insultée…
    Oui, ça a l’air complètement fou dit comme ça (en fait, ça me rappelle un épisode de Dr House où la main gauche d’un patient fait sa vie de son côté…sauf qu’en fait, tout ce qu’elle fait n’est qu’une émanation de son hémisphère droit qui essaie d’expliquer à l’autre hémisphère ce qui est bon pour son corps). Philosophie de comptoir bonjour! 🙂

  6. Non, tu as raison aussi sur ce point-là 🙂 Même si je vois mon corps et mon âme comme deux choses distinctes, j’admets le fait qu’ils sont incroyablement reliés ^^ Il suffit de regarder les maladies psychosomatiques, le fait que certains troubles psychologiques sont répercutés sous forme de douleur dans le corps, etc 🙂

  7. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi. Il n’est pas, selon moi, déraisonnable de séparer le corps et l’esprit mais seulement dans le but de pouvoir « écouter son corps ». Notre corps nous lance des signaux biologiques qu’il est fondamental de percevoir. C’est « lui » qui décide quand on a faim, quand on doit dormir… C’est de la survie. De même, c’est « lui » qui ressent la fatigue, s’il y a risque de blessure etc… Ces signaux sont envoyés à « moi » responsable des actes que nous faisons subir à notre corps. //
    D’autre part, si la tête ne veux pas, si on a pas le moral, le mental, même si le corps veut on ne le perçoit pas et on a l’impression que c’est un tout, que rien ne va. //
    En gros
    – tête et corps vont bien = ça va ;
    – tête et corps ne vont pas = on arrête tout ;
    – tête va et corps ne va pas = attention à ne pas en faire trop ;
    – tête ne va pas et corps va = on peut pousser un peu
    (mais les deux dernières situation sont tellement difficile à distinguer…) //
    Hier soir je me faisais la réflexion que mon corps me dit « je ne suis pas prêt ». Je ne vais pas forcer comme une brute, j’écoute mon corps, je l’écoute « lui ». Mais manquant quand même de motivation, peut-être que ma tête agis sur mon corps pour avoir ce retour et ne pas culpabiliser… bref, je commence à trop en dire. //
    J’aime bien tes articles, ils font réfléchir au sens qu’on donne à la course.

  8. J’avoue, j’ai commencé à lire l’article, et j’ai presque regretté que ça ne soit pas un bête « mes entraînements de la semaine ». Je dois être fatigué. Ou alors tu réfléchis trop Manue. Ca doit être un peu des deux ! Je passe mon tour pour commenter cette fois 🙂

    (on peut avoir un article avec une photo de panda bientôt ?)

  9. Super article qui fait réfléchir et évoluer, merci. Tout comme le reste du blog d’ailleurs qui est vraiment génial, bravo et merci pour tout ce travail et ces partages.

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