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Est-ce que courir nous rend (plus) heureux ?

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Je crois que malgré les différentes choses que je peux raconter ici, l’objet de ce blog finit par s’imposer à moi. En trame de fond, inlassablement, je cherche quelques bribes de réponses à LA question : pourquoi court-on ? Derrière ça et de manière plus large, je crois que finalement, je cherche à comprendre ce qui nous fait avancer, ce qui nous motive, ce qui nous rend heureux.

Aller au bout ?

inacheve

On a tous cette tendance plus ou moins marquée à abandonner des projets en cours de route. On traîne derrière nous un grand sac d’essais, d’erreurs, de débuts-de-quelque-chose, d’inachevé. C’est assez embarrassant, ça nous donne l’impression de ne jamais « aller au bout ». Mais, au bout de quoi ? A quel moment peut-on décider que notre projet est à son terme ?

Courir 10, 20, 30, 100K, c’est à la fois la finitude et l’inachevé. Finitude parce que la course s’achève lorsqu’on passe la ligne d’arrivée. Inachevé parce qu’on pourra recommencer autant de fois qu’on le voudra. Parce qu’on pourra continuer à aller chercher ses limites. Parce qu’on ne saura jamais vraiment si on les a atteintes.

«Le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout» (A. Camus)

Sisyphe

Vous connaissez Sisyphe ? C’est ce gars qui est condamné à pousser un énorme rocher tout en haut d’une colline, puis à le regarder redescendre … Et ensuite à le remonter, indéfiniment (une allégorie du traileur ? 😉  ). Albert Camus a dit à propos de ce gars « il faut imaginer Sisyphe heureux ». C’est pourtant absurde de pousser un gros rocher éternellement sur une montagne. Comme c’est absurde de courir sans relâche pour se classer 406ème/1000 d’une insignifiante petite course de province.

Mais pourquoi continue-t-on de le faire ? Personne ne nous y oblige, contrairement à Sisyphe. Peut-être parce que ce qui nous fait avancer n’est pas la signification de ce qu’on fait mais bien l’acte même d’accomplir quelque chose. Peut-être parce qu’on insuffle du sens et un peu d’éternel dans chacun de nos entraînements et que finalement, leur objectif importe peu ?

Courir pour être heureux ou pour oublier ?

Ce matin, j’ai lu la chouette Newsletter du site Runners.fr et j’ai été interpellée par cette phrase :

« Pourquoi courez-vous ?, me questionne-t-elle d’emblée d’une voix assurée. Je me demande souvent si les gens courent parce qu’ils sont heureux ou pour oublier les chagrins de leur vie. »

Je crois qu’en courant, nous nous approprions notre existence avec tous les fardeaux qu’elle comprend et nous essayons d’en faire quelque chose de bon pour nous. Ça ne nous fait pas oublier nos chagrins. Mais ça peut peut-être nous rendre plus heureux car nous avons prise sur ce que nous faisons de notre pratique. Nous ne subissons pas. En tout cas,

Nous ne devrions pas subir.

Voulons-nous nous améliorer sans cesse ? Juste profiter d’une journée ensoleillée en allant courir dehors ? Nous faire de nouveaux amis ? Relever un défi ? Gérer notre émotivité ? Peu importe. Tout ça n’a aucune espèce d’importance. Ce qui importe est que cette passion nous appartienne. Nous en faisons ce que nous voulons. Nous sommes seuls aux commandes.

Reste à appliquer ça à la vie.

Photo d’illustration par Pas Après Pas que je remercie chaleureusement. N’hésitez pas à cliquer pour découvrir son histoire.

29 comments

  1. Je crois que je cours parce que ça m’a rendu fière de moi à un moment où j’en avais drôlement besoin et que ça continue de me rendre fière, en découle le fait d’être heureuse.
    (je reviens d’une petite sortie, cette phrase mielleuse a été écrite sous une bonne dose d’endorphines je la poste mais je ne suis pas certaine de l’assumer plus tard)

  2. Ah ben tiens, je me suis posée un peu le même genre de questions après une discussion avec le playboy sur le pourquoi du comment on s’inscrit à des courses. J’en ai parlé sur mon site d’ailleurs. Je me pose souvent la question surtout qu’on n’a pas du tout la même vision avec mon playboy. Pourquoi c’est si important pour moi de bien m’entrainer ? Je ne suis pas une athlète de haut niveau et personne n’en a rien à péter de savoir que j’ai fait un mile en 6:32… à part le playboy qui montre de l’enthousiasme pour me faire plaisir…
    Je pense que, moi, ce qui me plait c’est de contrôler un « projet » de A à Z, que tout soit entre mes mains à moi, de savoir que le travail payera vraiment, que je verrais le résultat juste et sans chichi de ce que j’ai investi. C’est peut-être pas toujours vrai, mais c’est ce que je cherche en courant.

    1. Yes j’ai lu ton article (j’suis super en retard sur mes lectures et commentages mais j’ai lu le tiens héhé) et c’est vrai qu’au final, on se rejoint un peu. Je suis totalement en accord avec toi sur cette sensation d’avoir « les rênes » de quelque chose. On a tellement tout le temps l’impression de subir plein de trucs. Mais en fait, j’ai l’impression que c’est ça qu’on devrait retenir et appliquer : on a les commandes de nos vies, comme on a les commandes de nos plans d’entraînements ! Mais bon, c’est un p’tit peu plus complexe du coup … ^^

  3. Je ne peux qu’apprécier la question. J’ai commencé en décembre parce que je voyais des gens autour de moi qui prenaient plaisir à courir, et je ne comprenais pas pourquoi. Je les pensais masos.
    Aujourd’hui, je comprends mieux. C’est un sport qui permet d’aller chercher ses limites, et qui donne une sacrée dose de confiance en soi. Pour une fois dans nos vies, nous sommes face à nous mêmes, sans fard ni excuse. C’est pour moi une façon d’avancer maintenant, et je ne regrette absolument pas de m’y être mis !!

    1. Mais carrément ! Et tu crois pas qu’en fait, ce qu’on expérimente dans la CAP (= être face à soi-même sans fard ni excuse) on devrait s’en inspirer pour d’autres aspects de nos vies ? C’est ce que j’essaie de faire en ce moment, arrêter de me dire « j’en suis pas capable » ou « oui mais c’est difficile » … Ouais, plein de choses sont difficiles. Courir un marathon c’est difficile. Mais difficile ne veut pas dire impossible ! Enfin, là j’te raconte un peu ma vie mais c’est vraiment ce que je ressens en ce moment 🙂

      1. Je réponds tardivement à ton commentaire, je ne l’avais pas vu. Effectivement, ça marche pour tout. L’erreur que nous faisons tous, c’est de regarder l’escalier qui nous sépare de l’objectif dans son ensemble, en se disant « que c’est haut, jamais je n’y arriverai »…

        Il paraît plus simple à monter marche après marche. Ce sont les étapes qui rassurent, comme dans le running, où chaque entraînement te rapproche de ton objectif.

  4. J’avoue que l’histoire du classement sur une insignifiante course de province est assez absurde. Je cours pour rendre heureux mon corps. Il se bouge, il est content. 🙂

    1. Mais c’est beaaaau l’absurde ! L’absurde c’est la vie !
      Héhé non, j’aime bien ton explication « mon corps est content ». C’est pas faux ^^

  5. 2 mots : j’aime 🙂

    Tout est dit et je suis fan de ta conclusion : « Ce qui importe est que cette passion nous appartient »

    MERCI

    1. Hé bien, ravie que ça fasse écho ! J’dois pas être si loin de la « vérité » alors, malgré mes approximations ;). Et merci de me lire, en fait !

  6. « Ce qui importe est que cette passion nous appartient. Nous en faisons ce que nous voulons. Nous sommes seuls aux commandes.
    Reste à appliquer ça à la vie. »

    Tout un programme … Mais je garde au chaud ce petit paragraphe qui résonne fort fort fort chez moi.

    1. Ah ouais, plus facile à dire qu’à faire mais j’sais pas, peut-être un début de clef ? Le combo quitter mon travail + déménager à l’étranger m’a un peu chamboulée et fait prendre conscience de plein de trucs dans cette veine j’crois. Après, pour ce qui est d’appliquer, c’est pas encore gagné et je suis complètement LOST. Mais bon, keep going comme ils disent ici (oui je dévie un peu, sorry ^^).

  7. Pour ma part, alors que j’ai commencé la course pour régler des problèmes de poids (que je n’ai toujours pas réglé 🙂 ) je cours maintenant pour relever des défis et me prouver que je suis ‘capable de’. Bien sûr je ne bats aucun record du monde, je fais tout ça a mon échelle, mais le fait de me dire que je suis capable de m’entraîner plusieurs mois et ensuite puiser un peu dans le mental pour aller au bout me donne l’impression de faire des choses un peu sympa de ma vie.
    En fait pour le dire plus simplement, ma moitié n’étant pas runneuse, la course est donc quelque chose d’un peu égoïste. Et bien grâce a la course a pied, j’ai l’impression de ne pas gacher ces moments solitaires et d’en faire des choses bien.
    j’espère que cette séance de psychanalyse était gratuite parce que j’ai pas centime sur moi 🙂

    1. Ahah, elle était totalement gratuite ! C’est exactement ça. Aussi, courir aide bien à réaliser que souvent, les choses deviennent possible quand on l’a décidé. Qu’on est acteurs de nos vies, qu’être passif est le meilleur moyen de ne pas vivre vraiment. Et que le bonheur n’est pas dans la victoire mais dans ce qu’on y met pour arriver à « sa » victoire …

  8. J’aime beaucoup cet article et les réflexions que cela entraine.. J’ai beaucoup couru pour fuir qqchose (ou plutôt qqn). Pour voler du temps à la souffrance, pour faire le plein d’endorphines pour m’apaiser qqs heures avant que la réalité ne me revienne en pleine poire. Aujourd’hui je cours pour beaucoup de raisons je crois: me défouler, me sentir bien, explorer, partager…vivre mais plus pour fuir. Et je crois bien que ça me rend heureuse.

    1. T’as su te réapproprier ce que tu faisais et c’est un pas de géant, j’ai l’impression. Y’a sans doute pas de mauvaise raison de courir, c’est un processus sans doute ? Au début la fuite et ensuite seulement, courir pour soi. En tout cas je suis contente car ça a l’air « d’aller mieux » pour toi 🙂

  9. C’est assez rigolo les différents ressentis à ce sujet; ; tu écris

     » Mais ça peut peut-être nous rendre plus heureux car nous avons prise sur ce que nous faisons de notre pratique.  »

    Pour moi c’est plutôt le contraire; quand je cours je n’ai enfin plus rien à maîtriser et c’est très reposant mentalement.. les événements qui jalonnent ma vie n’ont plus le pouvoir de me rendre triste ou maussade ou malade, je rentre en méditation, je lâche prise totalement et je me concentre comme on se concentrerais sur sa posture de yoga sauf que c’est sur mes pas que mon attention se porte…je lâche prise et c’est ça qui est chouette, c’est pour ça que j’en redemande encore et encore …

    1. Oui, quand je dis « nous avons prise sur ce que nous faisons de notre pratique », ce n’est pas dans le sens « nous contrôlons tout ce que nous faisons à travers elle » mais plutôt dans le sens « NOUS décidons de ce que NOUS voulons faire de notre pratique ». Tu lui as donné une couleur méditative, moi une couleur un peu compétition. Mais au final, ce qui nous réunit, c’est que NOUS avons décidé ça, chacune. Personne ne nous l’a imposé et c’est en ça que ça (peut) nous rend(re) heureuses. (Enfin, je crois …)

  10. Je ne cours pas depuis très longtemps et surtout J’ai commencé très très tard ! La crise des +40 ans disent ceux qui ne cherchent pas à comprendre… Peu importe.
    Courir est pour moi une parenthèse enchantée… Lorsque je prends le départ d’une course j’ai un sourire béat et il ne me quitte pas meme après la ligne d’arrivée ! Quelque soit le résultat d’ailleurs, et heureusement car souvent c’est dur… et peu brillant.
    Je ne sais pas si on a tous les mêmes motivations pour courir (hors les chronos bien sur) mais ce qui nous pousse « basiquement », au petit matin, à peine réveillé(s), à mettre les chaussures, à trottiner doucement, respirer un grand coup et partir…
    Je pense que ce moment n’appartient qu’à nous et c’est cette sensation que l’on veut retrouver…
    j’ai adoré ton article lu hier soir… Je reviens d’un petit tour au soleil avant de démarrer la journée… Ce qui explique mon bavardage… Désolée
    Excellente journée

    1. J’adore tes bavardages ! Je ne suis que bavardages ^^ !
      On a pas tous les mêmes motivations … Enfin, on doit tous avoir à peu près les mêmes mais dans des proportions différentes. Genre j’suis à 55% chrono, 30% « psycho », 15% santé/bien-être.
      Mais ouais, comme tu dis, on se rejoint tous sur un point : « ce moment n’appartient qu’à nous ».
      Merci pour ton commentaire 🙂

  11. Une passion, ça se partage aussi, non ? Parfois, il est impossible de la partager avec les personnes qu’on voudrait choisir. Frustrant.
    Mais cette passion, c’est aussi découvrir et se découvrir.
    Donc on court pour noyer notre chagrin ou parce que c’est là qu’on se sent le mieux, ou parce que c’est quelque chose qu’on maîtrise, ou encore parce que ça fait partie de notre éducation, parce que c’est une nécessité pour sa santé, parce que, parce que, parce que…
    On n’a pas une raison de courir, on en a plusieurs. C’est un instrument.

    Mais ça reste un sport et essayer de maîtriser son sport, c’est aussi respectable et intéressant que toute autre raison existentielle.

    Le mot que je n’aime pas dans la course à pied, c’est « limites ». Je suis de ceux qui pensent qu’on en a tous, que c’est déjà un bon travail sur soi d’en être conscient, et que c’est bien de s’en fixer pour garder le contrôle sur sa pratique, les conséquences sur sa vie, etc. Tenter de les repousser ou non, ça reste un choix. Et à mon sens, c’est là qu’on prend le risque de s’éloigner de l’idée de bonheur ou de plénitude.

    3h30 au marathon je peux faire et 3h15 peut-être aussi. Mais je sais qu’à l’arrivée j’aurais repoussé pour un bénéfice pas supérieur. Le progrès, j’aime bien que ça vienne naturellement, sans bouleverser ma vie, le reste sera du bonus.

    En clair, le bonheur, je l’ai déjà saisi !

    1. Assez d’accord sur le fait qu’on a forcément des limites (physiques mais pas seulement) et que le but d’un loisir, c’est de se faire plaisir quand on le pratique. Donc, même si on est pas à 100% de ses limites physiques, on tire quand même tout le bénéfice du loisir en exploitant disons 80% de ses limites physiques mais en l’intégrant harmonieusement dans sa vie. (LOL pas sûre de m’exprimer clairement !). Mais ouais, tu as carrément raison sur ce point. Courir après du toujours plus, toujours mieux, toujours plus fort, c’est aussi risquer de déséquilibrer d’autres aspects importants…

  12. Difficile de répondre, et c’est intéressant de voir les réponses des gens qui sont bien loin de ce qu’on pourrait attendre d’habitude (perdre du poids …).

    Au début je courais pour chasser mon stress, c’est toujours le cas. Mais je me rends compte que je courir me permet de m’amuser et de retomber en enfance si je peux dire.
    En effet, courir c’est pour les enfants non ? Dans les cours de récré en maternelle/ primaire, on ne marche pas, on court (au collège/lycée, on arrête de courir, et on marche). Ca ne veut pas dire que l’on est plus posé, je pense au contraire même … on commence sagement à rentrer dans le rang, dans le moule qui nous est proposé. Libre à nous d’y rester ou pas !

    Et quand je cours, c’est la gamine en moi qui ressort, qui fait ce qu’elle veut, quand elle veut. Que ce soit facile ou difficile, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, je saute dans les flaques d’eau si ça me chante, je m’amuse à courir dans des escaliers, à prendre chemins inconnus, à slalomer entre les arbres … totale liberté 🙂
    C’est surtout pour ça que je cours, pour m’amuser ! (même si des fois il me prend l’envie de progresser … ce n’est pas la 1ere raison)

    1. Ah c’est une jolie réponse ça ! La notion de liberté est fondamentale j’ai l’impression dans cette pratique. Je l’ai expérimenté ce week-end : seule au monde au milieu des montagnes, à juste courir et apprécier le moment présent à 100%, avec l’impression de pouvoir continuer indéfiniment. C’est juste énorme !
      C’est clair que courir est une activité naturellement enfantine. D’ailleurs ce serait intéressant de savoir pourquoi on arrête de courir pour marcher ?! Faudrait faire quelques recherches …

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