Philippidès était ultra-traileur

18 novembre 2014

La reprise, cet éloge de la patience

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J’ai couru de Marathon à Athènes

18 novembre 2014

A quel moment j’enlève ce sac plastique orange ? Je le mets où ? Y’a pas de poubelle.

Tiens, ce mec court pieds nus.

Je vais prendre mon gel antioxydant à 8h50 précise. Mais où vais-je jeter le tube de mon gel, mon sac plastique et ma bouteille d’eau ? … Comment font les autres gens ? Ok. A priori, ils attendent de voir ce que font les autres gens.

Ah ! 8h49’58 … 59 … 8h50 : le gel ! Une petite lampée d’eau par dessus. Parfait. Ok, donc tant pis, je vais délicatement poser tout mon petit bazar derrière les barrières.

Voilà, tout le monde me copie, je suis une vraie leadeure.

Tiens, il faut lever la main droite en l’air. Ok, je lève la main droite en l’air. Un discours apparemment. Je comprends rien au grec, évidemment. Ah, l’anglais. Hmm hmmm. Hmm hmm ? Rien compris.

Ca devait être vachement solennel pourtant, dommage.

Ah ! Une musique de départ émouvante ! Génial, j’aime l’émotion !

[Regard vers le ciel] … Oui … je m’apprête à faire quelque chose de grand, à marcher dans les pas de mes ancêtres, à aller au-delà de ma propre volonté, à m’accomplir dans … What ? Ils ont changé de musique.

Non … les gars, c’est naze là. Fauchée en plein élan guimauve !

Ils sont jolis ces ballons lâchés dans le ciel bleu…

athens marathon start

C’est parti !

« Tu verras, ton corps va se caler tout seul à la bonne allure » m’a dit Cédric. Je regarde pas ma montre. Y’a du monde, ça bouchonne. Wow, il ferait presque chaud au soleil, ce sera quoi dans 2 heures ? Je me sens bien ou pas ? Le souffle ? Ca a l’air d’aller. Les jambes ? RAS. Le rythme ? On est dedans.

Mais, est-ce que je suis sûre d’aller bien ? Est-ce que je peux continuer comme ça 30 kilomètres ? Sérieux je sais pas. Ils sont comment les gens autour de moi ? J’entends une nana qui souffle super fort. Elle est folle. Ah non, elle fait juste la « méthode Cyrano », elle vient de s’arrêter et de marcher à mon niveau.

Non mais ça va, je me sens bien en fait.

Je vais peut-être voir Anto à la fin de cette petite boucle. (La boucle pour la Reine d’Angleterre, quelle chieuse celle-là).

« Antoooooo ! »

Cool, il m’a entendue. Bon, on se recentre. Bientôt le début des ennuis.

10ème kilomètre et ça commence déjà à grimper ? Enfin, « grimper », c’est un bien grand mot mais je pensais que c’était plat de chez plat jusqu’au 12ème. Ca va être chaud de tenir mon allure pendant 22K comme ça.

14ème : Ouais ok, 3h40, on oublie. Bon c’est pas grave, on se concentre, allez.

Hey grec runner who speak to me. « Ah you live here ? It’s a very nice place ! Have a nice race ! »

Un village. Y’a du monde ! Les mémés donnent de la voix, ça fait plaisir. Hop, je choppe une bouteille, pas besoin de boire trop, il y a un ravito tous les 2,5 km. Houhou ça rafraîchit la bouteille sur la tête. Ma tour de contrôle est au frais, tout va bien.

15ème, dans 2 km ça descend un peu. Ca va faire du bien !

Ah ok, donc la descente, ça se mérite. Ca grimpe là, pire inclinaison depuis le début. Argh. Faire en sorte que le cœur n’accélère pas trop, tu gères tranquille Manue. Ça tire un peu sur les jambes quand même.

Yihiiii ENFIN, de la descente ! On en profite. On lâche les bras, on respire… Hé ! C’est quoi cette petite douleur à l’intérieur des cuisses ? Nan les gars, il m’en reste 25 là, rigolez pas.

Voilà, c’est (déjà) reparti pour la montée. Au moins, je n’ai plus mal aux cuisses. Plus que 13 bornes de pente ascendante. Je préfère ne pas y penser. En plus, j’arrête pas de me faire doubler dans les côtes, c’est usant. Comment ils font pour aller si vite ? Je suis si mauvaise que ça ?

Le semi arrive.

C’est pas une surprise : je ne suis pas du tout dans les temps. Je vois mal comment je pourrais rattraper tout ce temps perdu. Même 3h45 ça va pas être possible. Et je sens que ça commence à bien m’attaquer tout ça, relancer au 32ème, c’est  de l’ordre du fantasme.

Sérieusement, ça n’en finit pas là. J’en peux plus de monter, monter, monter. Même quand il y a une petite portion de plat, on voit la route au loin qui s’élève. Ce 25ème kilomètre est juste horrible. Je me traîne, je me traîne. Il est loin le 5’13/km ! De toute façon, plus la peine de regarder la montre. Je vais faire au mieux.

Monter, monter, monter, PUTAIN de montée de merde, ça me saoule LAAAA.

Allez, on se calme, bientôt le 30ème. C’est génial ça ! Deux kilomètres après … C’est parti pour la descente ! 30 kilomètres quand même, c’est pas mal ! Oh, le mec qui court pieds nus. Il a l’air d’avoir mal aux pieds. Tu m’étonnes …

Anto va peut-être bientôt me rattraper ?

Enfiiiinnnnn ! Je suis joie, bonheur, félicité : stop fucking hills !! Allez, je relance. Enfin … Bon, je, gros guillemets, « relance ». Mais au moins, je ne marche pas.

Allez, bientôt le 35ème. Sérieusement Manue, après 35, il reste quasi rien hein. C’est dur, c’est normal, MAIS je vais y arriver. C’est dur, c’est normal, MAIS je vais y arriver. C’est dur, c’est normal, MAIS je vais y arriver.

« Good job, you’re looking strong ! ». Merci Madame, ça me plait d’avoir l’air « forte ». Ouaaaais je suis TROP forte, une vraie guerrière Grecque ! Le stade approche là, on y est presque.

Ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner.

« Smile, you paid for this ». Hinhinhinhinh. Rire jaune.

Ok, on s’hydrate bien, dernier gel. DERNIER gel, tu te rends compte là ? La bouteille d’eau sur la tête, dans le cou, sur les cuisses, sur les mollets. Allez, accroche-toi. Bientôt le 37ème. Cette fois, tu ne lâcheras PAS. Non non non, tu tiens le coup jusqu’au bout.

Ok les cuisses, vous avez mal, je sais bien, mais évitez juste la crampe, soyez mignonnes.

Ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner.

Le voilà, le 37ème. Et qui est-ce qui court toujours ? C’est MANUE, yihaa ! Plus que 5 touts petits kilomètres de rien du tout. Je viens d’en courir 37, une balade de santé quoi ! Si je ne lâche pas maintenant, je ne lâcherai jamais.

Dernières foulées

Oh my god, le 40ème arrive, c’est énorme ! J’ai tellement hâte d’arrêter de courir. Un mec me fait signe de m’accrocher à lui. Ok, ok.

What ? C’est une blague, j’ai raté un épisode ? Ce n’était « que » le 39ème. J’ai déjà perdu mon petit pote, mais je ne sais pas s’il est devant ou derrière. COME ON, plus que 3, plus que 3, PLUS QUE TROIS BORDEL DE MERDE*.

Je dois clairement avoir l’air folle à me parler toute seule. Suis-je encore lucide ? Sans doute un peu plus qu’au 25ème finalement. Je m’en fous, je cours dans Athènes, vers LE stade ! Comme le messager, comme les premiers marathoniens de l’histoire. J’y cours tout droit, aussi vite que je peux. Je suis FIÈRE de moi.

Je vais faire moins de quatre heures, c’est sûr maintenant. Je suis presque à mon allure de départ. Allez, je ne regarde que mon allure au kilomètre et j’essaie de maintenir le rythme.

41ème, voilà, voilà, j’y suis presque. J’ai mal, j’ai mal, mais le monde se masse, il fait beau, je vais finir mon 2ème marathon, je suis tellement heureuse. Allez, allez, allez, allez, allez.

Une grande avenue en descente, un virage, je devine le stade. Putain. Putain**.

marathon athenes 250m to go

« 250m to go ». 250 METRE TO GO ! Ça y est, j’arrive dans le stade. CE stade. Il est MAGNIFIQUE, c’est énorme, énorme, je suis tellement heureuse d’être là !

C’est grandiose, je cours sur cette piste noire, ces gradins immenses se dressent autour de moi … Je ne sais pas si on peut faire plus belle arrivée. Quel bonheur ! Allez, encore quelques foulées et ENFIN, j’y suis, mes bras se lèvent touts seuls tandis que je franchis cette arche bleue. Aaaah comme je suis heureuse, comme je suis fière.

marathon athenes arrivee

Je savoure …

Je dois avoir l’air émue pour que cette photographe me mitraille. Voilà la médaille, je vais presque pleurer.

Où est Anto ? Est-ce que je l’ai raté ou est-ce qu’il est resté derrière moi ? Je vais attendre un peu.

Houlala j’ai mal aux jambes. Mais si je m’assois, je peux pas voir l’arrivée.

Le voilà !! ALLEZ ANTOOOO, ALLEZ ANTOOO ! Il ne doit pas m’entendre avec toute cette musique.

Mince, je me fais virer par une bénévole. Je vais aller me planquer ailleurs. Hihiiii je le vois ! Je vais me jeter dans ses bras comme dans les pubs Asics.

« Alors, t’as fait combien ? »

SUPER l’émotion du Bûcheron quoi !

« J’ai fait 3h54, et toi ? »

Une photo publiée par Emmanuelle RS (@runningsuckkss) le

 

* Oui, le marathonien est vulgaire.

** Très vulgaire.

Une version plus « classique » de ce CR est aussi dispo sur Globe Runners.

45 comments

    1. Merci à toi !! Je suis super contente si l’énergie est communicative, c’est le but 🙂
      Le 1er marathon était dans l’émotion mais là c’est un peu différent (même si émotion il y avait quand même hein ^^)

    1. Ahah j’ai essayé de pas mettre trop de gros mots mais hé, c’est ce qui vient à l’esprit quand on court un marathon, je voudrais pas mentir 😉

  1. Yes you do it !!!!!
    Te voilà Globe Marathonienne, classe comme titre.
    Vu le profil, je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas fait de stage intensif PAP 🙂
    D’ailleurs je pense que c’est tant mieux car du coup tu as oublié le chrono et vécu pleinement ce marathon.
    Je n’attendrai pas avec autant d’impatience le second compte rendu, car je vois difficilement comment tu peux faire mieux …. Des sensations, des clichés, exactement ce que tout runner peut ressentir et/ou penser sur une course et tout particulièrement sur un marathon.
    Bravo encore à vous 2, enfin faudra dire quand même à Antho d’arrêter de jouer les touristes parce que vu les côtes c’était pour un traileur 😉

    1. Merci Stef, ça fait plaisir de te croiser ici !
      Ben j’aurais dû bosser un peu plus le dénivelé … Enfin, pas forcément taper du D+ mais faire de longues côtes à faible pourcentage. Sauf que tu connais mon amour du plat hinhin.
      Je suis contente que mon CR te plaise, c’est pas évident je trouve un CR de 2ème marathon. La course est un peu moins « solennelle » que la 1ère mais en même temps, il y avait quand même de l’émotion à la fin donc bon. BREF ! Anto vous racontera comment il a vécu le truc 😉

  2. Bien joué poulette !
    Et en plus vécu comme il se doit : dans l’émotion, le partage, la solidarité et face à soi même.
    Dans le meilleur des mondes, l’empathie s’en mêle. Mieux encore quand on ne court plus face ou contre, mais avec soi même.
    Tu es fière de toi ? Pareil !!!!!
    Encore Bravo.
    La bisouille à Anto.

    1. « Quand on court avec soi-même », ça me plait cette idée, je vais méditer là dessus ! Un grand merci Cédric, pour tes mots et pour tout le reste, évidemment ! 🙂

  3. Je pense pas lire la version plus classique tellement celle-ci est formidable. Presque toutes tes expressions m’ont fait sourire. Simplement trois choses :
    Le poncho en plastique te va hyper bien. T’as du swag.
    As-tu enquêté pour savoir pourquoi cette main levée avant le départ ? ça m’intéresse de savoir.
    C’est quoi ce bug entre le 39e et le 40e ? Une inattention ? Un parcours plus long ?
    J’aimerais en savoir aussi un peu plus sur le stade d’arrivée. C’est magnifique. Même si pour ce dernier point, je vais me donner la peine de chercher, il faut pas charrier non plus.
    Bref : BRAVO !
    (Et BRAVO à Anto, j’espère lire un CR).
    Bises. D.

    1. Aaah je suis ravie que ça fasse écho. Pour le discours de départ, je pense que ça avait à voir avec l’aspect historique du truc … Mais je sais pas pourquoi cette main en l’air. On entendait mal et avec l’accent grec sur l’anglais, c’était chaud à déchiffrer. Le bug du 40ème, c’est bien une inattention de ma part, j’ai dû passer en mode euphorique et hop, le cerveau a squeezé 1 kilomètre ! Et puis le stade … Je suis retournée le voir 3 jours après la course, juste comme ça. Il est impressionnant mais c’est encore mieux le jour du marathon, pendant qu’il vit, que les gens applaudissent. C’est un stade antique qui a été rénové pour les 1er jeux olympiques modernes en 1896 je crois. C’est donc l’arrivée du tout premier marathon…
      Après qu’on se soit retrouvé avec Anto, on a grimpé dans les gradins en marbre et on a regardé les gens arriver jusqu’à 6H de course environ. C’était tellement bien de profiter encore de l’ambiance de la course et de voir les émotions des gens.
      Non vraiment, je trouve qu’il se passe quelque chose dans cet endroit.

  4. Ahahaha je suis tellement vulgaire dans ma tête quand je fais un marathon!!!! J’adoore.
    Super chrono pour l’un comme pour l’autre et tu me donnes envie de faire le marathon d’Athènes maintenant!

    1. Ahah ça me rassure, je ne suis donc pas la seule. Merci à toi ! Vas-y, fais Athènes, ça vaut le coup … En fait, rien que pour l’arrivée héhé (bon, et pour le symbole aussi, si tu y es sensible) !

  5. Moi je m’en fiche de la recap classique. J’aime les recaps comme ça 🙂 BRAVVVOOOO !!! Je le faisais avec toi le marathon, là, en te lisant. Tu as tenu jusqu’au bout, tu peux être fière. 2e marathon. Ca gère, Melle ! Et qu’est-ce que tu m’as fait rire, sur la fin. La pub Asics, toussa toussa… et le pragmatisme masculin… J’t’assure ! Est-ce que le bûcheron viendra par ici nous raconter son marathon ? Steuuuppllééé, mister Bûcheron !! (yeux de chat potté) Encore bravo à vous deux 🙂

    1. MERCI à toi !!! C’était un peu cool d’avoir marathon toutes les deux à un jour d’intervalle ! Anto est en pleine rédac’ oui, ça devrait arriver sous peu de temps ^^ !

  6. J’ADORE la musique de 1492! (Le film m’a traumatisée, mais J’ADORE sa musique!)
    Je trouve qu’elle s’adapte à toutes les situations (déménagement, emménagement, premier jour de travail, départ en vacances, et puis bien sûr, course à pied) pour qui aime bien ajouter un peu d’intensité dramatique aux événements… 😛
    T’as la pêche et tu la communiques, keep going!!!

    1. Ecoute je suis contente de l’avoir retrouvée parce que c’était pas gagné ! Je connaissais l’air mais impossible de le remettre sur son film d’origine. Alors j’ai tapé « musique départ course » dans Google, je me doutais bien que c’était un classique. Du coup, vraiment, c’était nul qu’il coupent pour mettre un autre truc … Surtout que RIEN A VOIR ^^ ! Enfin bon, on leur en veut pas …

  7. Comme si on y était!
    Bravo bravo bravo, j’admire les marathoniens, même ceux qui font plus de 3h 😉 T’as pas eu ton chrono, mais j’avoue que le profil du parcours ne vend pas du rêve.

    1. Ahah merci à toi ! Ben bizarrement, sur 2 marathons, j’ai jamais fait le chrono espéré mais ça ne m’a jamais déçue. Je suis tellement contente de finir et tellement shootée aux endorphines que je ne suis que joie, bonheur ^^

  8. Et un marathon de plus, facile non? (je blague je blague!! :D)
    Course atypique, CR atypique, j’en attendais pas moins ! Je m’en tiendrais aussi a ce CR, le detail de la course ces bien, mais c’est encore mieux dans cette version la ou on peut avoir droit a la partie « private, directly in your head » 😀

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