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La limite et ses variations

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equilibristeS’il y a bien une chose que l’on explore en profondeur lorsqu’on pratique la course à pied, c’est la limite.
La limite physique, la limite mentale, la limite qu’on imagine, la limite qu’on dépasse, qu’on repousse, qu’on cherche à toucher du bout des baskets, qu’on prend de plein fouet. Bref.

L’humain est, par définition, un être limité. Limité dans le temps : il a un début et un fin. Limité dans ses capacités aussi, même si Usain Bolt essaie de nous faire croire le contraire.

Mais, le propre du coureur à pied, et j’en fais l’expérience chaque jour ou presque, est d’aller à tâtons frôler sa propre limite. Lors des premières courses en compétition, on en est souvent très loin. On a peur de ne pas réussir alors on se fixe des objectifs très raisonnables. On finit en en gardant sous le pied mais on ne le sait pas forcément. On croit avoir tout donné.

Et puis, petit à petit, on apprend le goût de l’effort, celui de la douleur aussi. On se connaît de mieux en mieux, on vise toujours plus haut, on prend confiance en soi. Progressivement, on s’approche de cette fameuse limite qu’on pense pouvoir imaginer.

Certains en auraient presque peur et évitent de prendre trop de risques. D’autres font de ce flirt avec leur propre frontière intérieure leur motivation principale pour courir.

Parfois, dans un élan d’optimisme ou de manque d’humilité, on la prend en pleine figure et retour à la case départ. Ou presque.

Parfois encore, on pense l’atteindre et, moment quasi magique, on la dépasse, on peut encore courir alors qu’on croyait arriver au bout de ses forces, on se surprend et on se sent invincible. La limite se brouille, elle n’existe plus. Le temps d’une course ou d’un entraînement particulièrement réussi, on a alors la sensation de conjurer le sort de l’être limité que nous sommes.  

32 comments

  1. Très très joli…. Tu as complétement raison, taquiner ses limites c’est avant tout apprendre à se connaitre soi même, je pense que c’est fondamental. Avec les entraînements, tu connais ton corps, ses réactions, et c’est ça qui te permet de tendre vers une limite qui elle même évolue de fait.

    Beau post, net, précis, que tout coureur à pied est en droit de considérer, quelque soit son propre rapport avec ses propres limites.

    Chapeau bas miss.

    1. Et c’est aussi ce qui rend ce sport aussi prenant au final… Tu croyais ne pas pouvoir faire quelques chose … Et puis en fait si ! Ça aide à avoir de l’espoir pour plein d’autres trucs dans la vie, c’est la démonstration que les choses ne sont pas figées, que tu as prise sur ta vie. Courir plusieurs fois par semaine pendant des mois te le rappelle tout le temps. Ça a l’air con, mais j’crois que ça m’aide à être plus heureuse …

  2. On ne se connaîtra jamais complètement. Même à bout de force, aller jusqu’à l’arbre et une fois arrivé, aller jusqu’au suivant. Jusqu’où ?
    Repousser ses limites, c’est essayer de repousser les limites de l’Homme. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait vraiment du sens à ça.
    Dépasser la limite qu’on croit, c’est finalement pas mal non plus.
    En revanche, dépasser un objectif, quand on en a, c’est là qu’on s’épanouit. C’est grisant.
    Sujet vraiment passionnant.

    1. Y’a peut-être pas beaucoup de sens à ça mais c’est l’exploration qui est intéressante plus que son aboutissement. Un peu comme tout au final … Comme à Noël : le gros kif, c’est plus l’attente que les cadeaux. Le moment où tout est (presque) possible …

  3. Très vrai ! La course à pied est un jeu de cache-cache perpétuel avec toutes sortes de limites, et entre celles que l’on recherche et celles qui nous sautent dessus sans crier gare, le quotidien d’un runner est finalement tout sauf monotone ! Très joli post, j’adore j’adhère 🙂

  4. Ton post est vraiment très très intéressant. Même si j’aurai écrit exactement le contraire  » La course à pied c’est l’expérience de l’absence de limites ». Mais c’est probablement lié aux expériences vécues en ultraendurance plutôt qu’aux courses à chrono. En le reformulant, et après avoir relu au moins 15 fois ton post, « ce voyage qu’offre la course à pied est sans limite »

    1. Oui, je crois qu’on est plutôt en accord sur le fond, on expérimente toute une palette de choses autour de cette fameuse « limite » … Mais c’est une notion qui nous échappe quand on croit l’atteindre. C’est pour ça qu’on continue à courir peut-être ? Je crois que ça y participe ! Merci pour ton message, ça me fait très plaisir !

  5. Very intereSting 🙂 je suis bien d’accord, nous sommes des êtres limités mais ce qui est à la fois génial et vicieux est que d’un humain à l’autre ces limites diffèrent. Génial parce qu’avec un peu d’humilité on apprend à mettre en place des complémentarités – vicieux parce que l’on se comparé sans cesse et que l’on se dit: il/elle l’a bien fait, pourquoi pas moi? Et bien, parce que tu as des limites plus basses que lui/elle pour ce défi là.. Finalement, je dirais que trop flirter avec ses limites permet aussi de réapprendre à aimer sa zone de confort – et de cesser d’en faire une culpabilité parce que, le confort, c’est nécessaire..de temps en temps ou un certain temps, pour accepter les limites que l’on s’amuse à soulever. C’est toujours très initiatique tout cela, rien qu’avec la course à pieds d’ailleurs!
    nb: je suis perso en phase de retour au confort et saturée de gros défis, ie retour à la case départ comme tu dis, ou pas…

    1. Le retour à la case départ n’est sans doute pas qu’une mauvaise chose. Çe remet sans doute des trucs en question mais pour mieux repartir, sur des bases plus solides non ? Même si ça fragilise un peu aussi…
      Tu as raison, je ne crois pas qu’on puisse tout le temps être en mode « dépassement de soi »… Enfin moi je pourrais pas ! J’ai lu tes aventures corses, ça a l’air d’être quelque chose ce GR… Bon courage dans ce petit passage « confort » comme tu dis … Ou alors devrais-je dire : profite bien !

  6. La limite, si tu la dépasses, c’est juste ce que tu t’étais créé artificiellement dans ton esprit. La limite est quelque chose de mouvant, c’est sa limite du moment. Aller la taquiner, c’est se connaître mieux. Découvrir qu’on s’en était fixé une qui n’en était pas, c’est mieux se connaître, et dans le bon sens. Je ne vois pas d’échec à aller trop loin, tant qu’on ajuste la fois d’après. Le seul souci avec la limite, c’est d’accepter qu’avec l’âge, elle va descendre. Donc quelque part, flirter avec la limite, c’est se découvrir, puis s’accepter. Pas forcément évident ni dans un cas (la limite n’est pas que physique, certains arrivent à se pousser proche de leur limite physique, d’autres pas), ni dans l’autre (pas la peine de faire un dessin, comprendre qu’on se rapproche inexorablement de la caisse en bois, c’est moyen 😉

    1. Si on veut être performant, il faut sans doute apprendre à évaluer de manière rationnelle sa limite physique, travailler le mental pour aller la chercher. Mais j’ai l’intuition qu’il y a un petit truc qui n’a pas grand chose à voir avec la raison pure au moment du dépassement de soi.
      Mais, quand tu vieillis, tu peux toujours jouer avec ta limite. Tu ne la repousses pas toujours plus, mais tu peux encore te donner à fond, avec tes possibilités du moment. D’où l’intérêt de parler de limite plus que de chronos …

      1. La limite physique rationnelle, tu l’évalues comment ? Tu as toujours les formules à partir de la VMA et autres, mais ça reste des estimations. Et sur un entraînement, tu ne vas que rarement chercher ce que tu peux attraper en course. L’état d’esprit n’est pas le même. Donc à part tâtonner en course, je ne vois pas trop. On sait vite quand on va trop loin. On sait plus difficilement s’il reste des trucs à gratter.

        Et sinon oui, tu peux toujours dire « j’ai tout donné ». Mais est-ce qu’on réussit encore à s’en satisfaire ? Je ne sais pas trop. Je le saurai plus vite que toi cela dit 😉

  7. Très intéressant ton post, la question des « limites » en CAP est une question qui me travaille en permanence, je trouve qu’elle est subordonnée à celle du risque. Jusqu’où repousser ses limites ?C’est très parlant quand on entre dans l’univers du l’Ultra avec des personnalités comme Kilian Jornet qui explorent leurs limites mais elle est aussi très présente dans le monde de la CAP en général. J’en viens à penser qu’on se limite d’abord soi-même, qu’il faut déconstruire tout un tas d’idées reçues sur nos propres capacités à faire les choses. Quand on parle avec quelqu’un qui débute la CAP, 99% de son discours est : « c’est trop dur, j’y arriverai pas, etc. » En ce cens, la course à pied est un formidable outil pour explorer ses limites et mieux se connaître soi-même. Je pense que c’est comme çà que beaucoup d’entre nous la pratiquons.
    En tout cas, merci pour cette parenthèse de réflexion, comme je dis souvent : « le runner pense » 😉

    1. C’est vrai qu’il y a une notion de prise de risque. Beaucoup plus limitée quand il s’agit de courir 10km sur route que d’aller escalader des montagnes en short-baskets … Mais tu prends le risque d’échouer, de souffrir, de ne pas atteindre tes objectifs et quand tu as passé de longues semaines à t’entraîner, quelque soit ton niveau, ce n’est pas agréable à vivre ! Mais si le risque paie, alors là, la récompense est énorme !

    1. Hmmm … J’avoue que c’est une question que je ne me suis pas posée. Ceci dit, je vois l’intérêt de la course à pied dans l’exploration de sa ou de ses propres limites. La repousser avec des produits dopants, c’est juste faire croire aux autres que sa propre limite est plus loin, c’est se mentir et mentir aux autres. Donc je vois pas trop l’épanouissement là-dedans. Après, les sportifs « pro » sont encore dans d’autres configurations … Vaste débat sur lequel je ne me risquerais pas.

  8. Dans la foulée du commentaire de doune : le dopage est la mauvaise réponse à la limite.
    On consomme suffisament de chimie pour dormir, mieux vivre, quand les limites sont atteintes…
    Le sport aide à mieux vivre. Alors pourquoi le polluer ?

    1. Ecoute, c’est parfaitement résumé ! Et la course à pied permet de bien appréhender ça, je trouve. Cette capacité à repousser ce qu’on croyait être notre limite, à aller plus loin, à atteindre ce qu’on croyait inatteignable, c’est tellement utile dans la vie de tous les jours …

    2. Il y a deux limites. La première est la limite physique, que nous appelerons P, c’est en gros f(ma condition du moment, mon physique,mon entraînement). Celle là existe bien, le corps a une limite que ces satanées lois de la physique (et de la chimie dans ce cas) nous interdisent de dépasser.

      La seconde, c’est la limite mentale, que nous appellerons M qui est le plus souvent inférieure à la limite physique (même si souvent, on pense que c’est la même, grossière erreur !).

      Le but étant donc que M se rapproche de P 🙂 L’égalité absolu étant impossible je pense, mais c’est cette quête de l’impossible qui est trippante.

      Faut que je note tout ça et que je fasse un article avec des courbes ! 🙂

  9. J’ai trouvé cette phrase d’Anna Frost sur le blog Des bosses et de bulles : Au sujet de ses soucis de santé passés :
    « je n’aurais jamais eu conscience de mes limites si je n’avais pas pris le risque de les dépasser. »
    çà me fait réfléchir, explorer ses limites n’est pas sans danger mais c’est sans doute incontournable si on veut se connaître… Sans fin ce débat 😉

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