Le Bûcheron a couru de Marathon à Athènes

1 décembre 2014

Voilà quelques semaines, amusé par ce défi saveur « Tzatziki », j’ai cédé aux yeux doux de Manue et ai rangé mes chaussures de Trail pour m’inscrire au Marathon d’Athènes, le fameux, le mythique, l’originel… bref l’Authentique !

C’est ainsi que, environ 500 bornes d’entrainement plus tard, je me retrouve à 5h45 du mat’ attendant un bus devant le parlement d’Athènes avec les amis d’Ecosse que nous avions rejoint la vieille. Les bus défilent par dizaines. Il faut dire que l’on sera pas loin de 11 000 âmes à prendre le départ, ce qui fait quelques bus. Je vous laisse faire le calcul. C’est un peu le bordel même si tout semble rester sous contrôle. On m’avait décrit l’organisation grec comme étant mi à l’arrache mi stalinien… Je dois dire que pour le coup c’est assez vrai, amusant !

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Dans l’autocar en direction de Marathon, le soleil se lève et les kilomètres passent les uns après les autres. Tout à l’heure, il faudra faire le chemin en sens inverse, tout seul et sur mes deux jambes. Après 45 minutes de bus, j’ai déjà bien compris que 42km c’est long – petite piqûre de rappel – .

Un départ qui roule

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Le stade d’échauffement à Marathon, niché au cœur des collines.

Le ciel est bleu, l’humeur est au beau fixe et nous dirigeons tranquillement vers nos sas de départ respectifs. Je ne suis pas stressé et j’ai hâte de partir ! Il y a du monde partout, il faut attendre les protocoles officiels et le départ des blocs successifs… un peu chiant mais bon normal… Plus de 10 minutes après le départ des élites – comment voulez-vous qu’on rivalise s’ils partent avant tout le monde ?! -, un pépé politique et endimanché donne le coup de pistolet tant attendu. C’est ainsi que la meute de loups du bloc numéro 5 s’élance avec la rage au ventre sur un rythme effréné – environ 12km/h – !

Les premiers kilos passent comme une lettre à la poste, c’est-à-dire tranquillement. C’est plat, ça déroule… Je m’applique à surtout ne pas aller trop vite. Je me balade paisiblement. Je profite. Il y’a une jolie colline sur la droite et je me dis que ça doit être canon là-haut. Je m’y verrai bien.  Ça ne sera pas pour aujourd’hui.

Apprendre à réajuster

A partir du 8ème  kilomètre, la route se transforme peu à peu en faux-plat,  montant bien sûr, puis en côte douce. Je sens alors que le cardio se met à suivre la même pente. Il y a pas mal de monde sur le bord des routes. C’est sympa ! Bonne ambiance ! Je me rends compte que peu importe la pente les gens autour de moi essaient de courir à allure constante. J’opte pour une stratégie différente et préfère me caler sur mes sensations à une intensité constante. Du coup, les gens me doublent en côte et je les redouble quand la pente s’adoucit. Un peu inhabituel mais ok … pourquoi pas. Au 17ème, nous avons le droit à un bon kilomètre de descente. Je me détends avant d’enchaîner une nouvelle bosse.

En regardant ma montre qui bipe tous les kilomètres, je m’aperçois que je lâche des poignées de secondes sur mon allure de référence à chaque borne qui grimpouille. Il devient alors évident que l’objectif number one de 3h40 – l’optimiste – n’est pas réaliste aux vues du parcours vallonné. Je m’en fous pas mal en fait, car j’ai l’objectif de secours de moins de 4h – le raisonnable – qui est toujours à portée de baskets.

Au semi, ca va toujours même si je me dis qu’il fait quand même chaud. 22°C à l’ombre, ça fait un peu trop en plein soleil sur le tarmac grec. Malcom, notre scottish pure souche, nous confiera après que cette température était bien au-dessus du point d’ébullition de tout écossais normalement constitué. Je fais gaffe à l’hydratation et m’applique à bien boire. Il y a des ravitos tous les 2,5km, c’est donc assez facile à gérer.

Apprendre à s’accrocher

Puis arriva le 25ème kilomètre. Jusque-là, j’avais l’impression que j’aurai pu courir pour toujours. Easy peasy ! Après celui-là, déjà moins… au début pas de quoi s’affoler. Mes jambes s’alourdissent gentiment. Je comprends que la balade se finit et que je rentre désormais dans la « vraie » course, surement un peu trop tôt… Je commence à en avoir un peu marre de grimper. Ça devient longuet. Ça ne monte jamais vraiment fort, mais c’est comme ça depuis le 8ème kilomètre et ça va continuer jusqu’au 32ème. Alors pour me remotiver, je me dis: « Aller ! Plus que 7 bornes de côtes ! ». Ce à quoi mon moi intérieur a répondu illico : « Ah oui ! Quand même ! 7 bornes de côte encore ?! Sérieux ?! Et puis après encore 10 kilos ?! Interminable ! Chiant ! L’enfer ! » Ni-une ni-deux, j’ai alors décidé de péter la gueule à mon moi intérieur et de le laisser là pour mort sur le bord de route. Tant pis, je continuerai sans lui. « Nan mais ohhhh ! C’est qui le patron ! » M’étant débarrassé de ce petit démon, je me suis alors focalisé sur les choses du monde, sur les choses vraiment importantes : « Tiens, dis donc, c’est marrant comment cette route est vachement inclinée sur le côté » C’est ainsi l’esprit vagabondant que je philosophai jusqu’au 30ème kilomètre.

We don’t need no education … 

C’est au ravito du 30ème que je me suis fait rattraper par la dure réalité du marathon. Le mur ! Mes jambes sont stressées, cassées. Ca devient vraiment dur. Chaque impact sur le bitume génère une onde de choc remontant vers mes cuisses douloureuses. La pente s’accentue, je  ralentis. Je lutte pour avancer. L’arrivée me paraît si loin. Je me décompose doucement. Mon obsession : « Ne pas marcher ! Ne pas marcher ! » Je suis contracté de partout. Mon cœur est anormalement élevé. J’ai mal et sens que je pers mon contrôle sur la course. Je suis têtu et résiste jusqu’à apercevoir le kilomètre 32 synonyme de descente et de relâchement. Enfin ! Ces 2 derniers kilomètres auront été les pires de ce marathon, là où il ne fallait pas lâcher !

La descente, j’y suis ! J’ai toujours les jambes aussi brulantes. Mon cardio atterrit et me permet de reprendre mes esprits et de revenir à la réalité. Bon ok, j’ai très mal aux jambes – des petits bouts de bois – et il me reste un bon 10 bornes à faire. C’est maintenant qu’il va falloir être fort. Ce n’est pas le moment de se complaindre sur son sort au risque d’abdiquer. Je sais que c’est au mental de prendre le relais. C’est dur mais je décide que cette douleur ne doit plus  être de la souffrance comme cela a été sur ces 2 derniers kilos. En acceptant la douleur, je sens déjà que ça va mieux, du moins dans la tête. Je regarde ma montre. Calcul rapide. Moins de 4 heures, c’est toujours jouable si je reste au dessus de 10km/h ! Je me recentre sur moi et me reconcentre sur mon objectif.

 L’entrée dans Athènes

On entre dans la banlieue d’Athènes, les supporters sont nombreux sur le bord des routes et nous insufflent chaleureusement leur énergie. C’est chouette ! J’avance pas à pas. Doucement, mais j’avance. Les derniers kilomètres sont pour moi en dent de scie, des montagnes russes émotionnelles entre renoncement et re-motivation. J’oscille ainsi, un vrai combat contre soi-même. Un moment de douleur un peu maso qui a un gout savoureux de dépassement de soi et d’accomplissement personnel. Je crois que c’est vraiment ce que je viens chercher sur ce genre de courses « longues ». Un effort ultime. Une remise à zéro. Des limites que l’on repousse au de là de ce qu’on pensait et qui nous rendent au bout du compte plus fort, plus humble.

 Et finalement …

Une descente sur la gauche, le 42ème n’est plus très loin. La foule est dense et énergique. Ça commence à sentir très très bon ! J’ai le smile qui fait la grimace ! En bas virage à gauche, et là  le stade olympique en marbre immense et majestueux ! « Putain, c’est bon !!! ». Sans m’en rendre compte j’accélère. Le stade est magnifique ! La foule des gradins est bruyante ! J’y suis ! L’émotion est forte ! Vous ne le direz pas à Manue, mais j’ai du retenir mes larmes. L’instant magique ! J’en ai chié des ronds de chapeaux, mais je l’ai fait ! Sentiment de fierté !

Je marche un peu et aperçois ma belle. Je suis soulagé de voir qu’elle est là et qu’elle va bien ! « Alors t’as fait combien ? – Question réflexe de fin de course -». Au fond je m’en fous pas mal ! Peu importe, je suis fier d’elle ! C’est ma championne et on est marathonien ! Vite une bière pour fêter notre marathon sub 4 heures !

Petit bonus, attention au mal de mer !

19 comments

  1. Je vois qu’en plus de partager l’amour de la course à pied, vous partagez une belle plume !
    C’était un CR très sympa à lire en tout cas, presque comme si on y était !
    Bravo pour cette belle perf ! Le marathon en côte… il faut être fort courageux !

  2. Il ecrit bien le bûcheron!!! 🙂
    Pour mon 1er marathon j’ai pas réussi a retenir mes larmes. ..donc bravo pour ça déjà
    Ensuite bravo pour l’avoir fait et pour n’avoir rien lâché.
    Encore félicitations à vous 2

  3. BRAVO !! C’était ton premier marathon ? Très beau récit. C’est dur un marathon, hein ? Mais, fudge, c’est un truc énorme. Je comprends mieux pourquoi tu avais ton téléphone à la main sur la vidéo d’arrivée officielle. J’ai eu un peu la nausée… et, dis donc, nan mais, on reste poli, MEME à l’arrivée d’un marathon. Pas joli, joli, tout ça 😉

  4. Salut,

    Content de savoir que tu as trouvé mon récit fidèle à la réalité 🙂

    Félicitations pour ton Marathon, et merci pour ce compte rendu bien écrit ! En le relisant, j’ai l’impression de revivre ma course 2013 🙂

    1. Salut Théophane, je réponds pour Antony (qui est l’auteur de l’article, oui on est deux ici !). Merci pour ton compte-rendu que j’ai lu plusieurs fois avant de m’envoler pour Athènes. Je l’ai trouvé très fidèle à la réalité même si j’en aurais ENCORE remis une couche sur le parcours et ces satanées côtes 😉 !

  5. Super article j’ai adore avoir le point de vue et le vécu de vous 2. j’ai trouve cela très intéressant.
    Super video à la fin qui nous permet bien de nous imaginer. J’en ai meme eu la chair de poule.
    Merci.

    Charlene.

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