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Compétition : mais pourquoi se cherche-t-on toujours des excuses ?

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saut refusFaites le test : un compte-rendu de course chronométrée sur deux commence par « j’ai mal dormi », « j’ai mal mangé », « j’étais malade », « j’étais pas motivé(e) », « j’ai pas pu bien m’entraîner », « je me suis mal ravitaillé(e)». Moi la première, j’ai la fâcheuse tendance à commencer par ce genre de considération, comme si je voulais induire sans avoir à le prouver que j’aurais pu faire mieux. Que la course soit un échec ou une réussite n’a pas forcément de rapport : si on rate, les excuses sont toutes trouvées, si on réussit, on se valorise d’avoir combattu dans l’adversité.

Alors, bien évidemment, parfois, le contexte est vraiment difficile et influe directement sur les performances, mais j’avais envie de réfléchir un peu sur ce qui porte un nom : les stratégies d’auto-handicap.

La notion d’auto-handicap

En fait, c’est normal les gars ! Si on fait ça, c’est pour préserver l’estime que nous avons de nous-mêmes ! Lors d’une course, nous nous exposons à un jugement, à un chronomètre, à un classement diffusé publiquement. Bref, nous sommes évalués dans un domaine qui nous tient à cœur.

Rappelez-vous, à l’école : « chui trop dans la merde, j’ai rien révisé pour le DM d’histoire ». Il y avait ceux qui n’avaient effectivement pas révisé (comprendre « j’aurais pu réussir si j’avais révisé ») et ceux qui avaient quand même bien révisé mais qui préféraient dire le contraire, au cas où. Perso, j’étais plutôt de cette insupportable deuxième catégorie (hé ouais, je vous aurais GRAVE saoulés !). Le but, à chaque fois, c’est d’externaliser l’échec et d’internaliser la réussite. Bref, de se préserver.

Alors, pourquoi on fait ça ?

Nous sommes passionnés de course à pied. Tellement passionnés qu’on se définit à travers ce sport : nous sommes des « coureurs », ou des « runneurs ». Par souci de cohérence, il faudra donc que nous puissions prouver à nous même et à notre entourage que nous avons un minimum d’aptitudes en course à pied. Combien de fois j’ai entendu des débutants dire « je ne peux pas vraiment dire que je suis un(e) coureur/se » ? En fait, ce sont des propos assez compréhensibles : ces personnes jugent que leurs aptitudes sont pour le moment insuffisantes pour pouvoir se définir comme tel. Attention, tout ça est de l’ordre de ce que CHACUN estime ! Il n’y a pas de norme, pas de « niveau » à atteindre pour pouvoir « prétendre » dire « je suis un coureur ». Tout ça est purement subjectif (et encore heureux ! J’ai toujours envie de buter les gens qui tiennent des discours du style « en dessous de 40’ au 10 Km, tu es un vrai coureur, avant, tu es un joggeur »).

En cas d’échec, on bouleverse un petit peu notre « auto-définition » de « coureur ». Alors pour ne pas trop se chambouler, on prend les devant d’un éventuel échec en créant des obstacles ou on en revendiquant. Malin !

Ces courses réussies, contre vents et marées

saut-a-vacheJe suis sûre que vous l’avez déjà expérimenté : le record personnel effectué un lendemain de soirée, alors que vous aviez dormi 3H et que vous aviez mangé une raclette et bu du vin blanc en fumant une clope. Celui sur lequel vous n’auriez misé pour rien au monde. Vos auto-handicaps étaient tout trouvés, impeccable, même pas besoin de se chercher d’excuse. Du coup, que s’est-il passé ? Vous êtes partis dé-ten-dus ! Vous n’aviez rien à attendre, vous avez suffisamment lu dans Jogging International que la veille d’une course, il faut ABSOLUMENT dormir 8H et manger des pâtes. Vous êtes un coureur, vous savez ça.

Libérés de la moindre pression, vous avez couru pour le plaisir. Vous ne courriez pas pour vous définir en tant que coureur, c’est votre connaissance des « bons » comportements à avoir avant une course qui vous a défini. En gros, « je suis un coureur car je SAIS que je vais rater parce que j’ai pas dormi 8H et pas mangé de pâtes« .

Et alors ?

Tant que vous usez de stratégies d’auto-handicap revendiquées, il n’y a pas vraiment de souci à se faire. Vous protégez votre estime de vous-même. Certaines études avancent même que ce genre de stratégie peut vous aider à gérer votre anxiété avant la compétition. Par contre, ne vous attendez pas à faire un chrono extraordinaire le jour où vous admettrez que toutes les conditions étaient optimales. Même Laure Manaudou déclare se coucher tard la veille des JO …

Par contre, lorsque vous usez de stratégies d’auto-handicap comportementales, c’est plus embêtant. Vous avez très certainement un potentiel inexploité car vous vous mettez des bâtons dans les roues : manque d’entraînement, comportements inadaptés, erreurs répétées … C’est dommage ! Détendez-vous, remettez le sport à sa place (un loisir) et trouvez-vous deux ou trois excuses préalables ;). Et puis, n’oubliez pas ma citation favorite de Benjamin Franklin : « Il y a bien des manières de ne pas réussir, mais la plus sûre est de ne jamais prendre de risques. »

 

Quelques références …

Je ne suis PAS spécialiste en psychologie, ni en psychologie sociale, ni en psychologie du sport. Ma spécialité, c’est plutôt un peu d’observation et pas mal de psychologie de comptoir ! Pour lire de vrais spécialistes :

42 comments

  1. Super intéressant et perspicace cet article ! J’ai l’impression que l’auto-sabotage est un réflexe chez tout ceux qui, comme tu le dis, se mettent tous seuls la pression. Pour ma part, la seule chose qui me permet de tenir le coup lors d’une course (enfin, à ma manière !), c’est de mettre toutes les chances de mon côté. Un plan d’entraînement respecté, surtout.
    Grâce à toi, ceux qui n’ont pas conscience de ce mode de fonctionnement auront peut-être un déclic !

    Et en parlant hygiène de vie des athlètes, Usain Bolt a rendu dingue tous les nutritionnistes du sport : il a raconté que lors des JO de Pékin la bouffe chinoise était tellement différente de ses habitudes, et donc infecte pour lui, qu’il a mangé pendant 15j uniquement des nuggets mcdo ^^.

    Pauline

    1. Je connaissais pas cette histoire sur Usain Bolt mais c’est assez représentatif : les conseils en terme de nutrition et tout sont sans doute très pertinents mais il ne font pas tout. J’crois que si un jour tu dois être bon, tu seras bon, et vice versa ! Bref, plus ça va et moins je me mets la pression … Au départ d’une course, je ne suis pas trop stressée. Juste une petite appréhension sur les 10K car c’est souvent un peu douloureux ! Mais ceci dit, j’ai tendance à me trouver des excuses quasiment tout le temps ^^

    1. Hé oui ! J’pense qu’à notre niveau amateur, la veille de course n’est pas SI déterminante. Si tu as eu une bonne hygiène de vie dans les semaines précédentes, ça passe. Enfin, c’est ce que j’ai vécu en tout cas ^^

  2. Y a un moment où faudra que tu sortes de ma tête, ça devient flippant.
    Bon sinon je proteste: la raclette pré-course ne peut être considérée comme excuse, étant un produit dopant. C’est illogique. 😀

    1. Mouhahah nous sommes connectées ! J’ignorais le bénéfice-dopant de la raclette, je garde ça sous le coude pour ma prochaine course … Ah non, j’oubliais, les écossais n’ont pas le plaisir de connaître ce morceau de gastronomie montagnarde …

  3. Un jour on m’a dit : « les vrais skieurs ne se plaignent pas de la neige. » J’ai supposé qu’on ne pouvait donc pas non plus se plaindre des conditions météo quand on court. Du coup, je prends l’apero tous les vendredis, et mon excuse est toute trouvée pour le dimanche ! 😀 Je fais comme si j’avais trop bu au bout de 2 verres. En réalité, je suis en pleine forme ! Bon. Presque. Sauf quand je sors aussi le samedi. Et que j’ai une ampoule. Et que mes voisins ont fait trop de bruit. Et que j’avais pas trop la motivation. Et que j’ai eu peur du chien. Enfin t’as compris. 🙂

  4. Un phénomène qu’on a en effet tous rencontrés.
    De mon expérience de runner je n’ai pas grand chose à retirer, mais de celle de musicien oui : avec l’habitude, on apprend à gérer le stress de l’avant course (ou concert), et à se détendre, ce qui aide à améliorer ses performances. Avoir une routine d’échauffement, comme le font beaucoup de sportifs de haut niveau (rappelez-vous Zizou : « C’est toujours les mêmes gestes … »), aide aussi à se focaliser sur autre chose.
    Et comme tu le dis, l’important c’est de se faire plaisir, ça n’est que du sport 🙂

    1. Ah oui, bonne idée la routine ! En plus, ça donne un auto-handicap de plus à déclarer si la routine n’a pas pu être bien effectuée ! Double bénéf’ ^^ !

  5. Bel article en effet, plein de bon sens et tellement vrai…
    Mais je croyais quand même qu’il fallait courir en moins de 35′ sur 10km pour passer dans la catégorie « coureurs ». On m’aurait menti ?

    j’aime bien quand tu t’énerves 🙂

  6. Il est top cet article. C’est vrai que c’est énervant d’entendre des milliers d’excuses sur la ligne de départ justifiant une possible défaillance…Quand tu prends le départ d’une course tu le fais pour toi et pour ton propre objectif…
    bon j’arrête parce que je commence a ma chauffé pour rien 🙂

    1. Énervant je sais pas, mais ce qui est certain, c’est que c’est très humain comme comportement ^^ ! Ce qui est plus embêtant, c’est quand on se met en situation d’échec … Par peur d’échouer (ça a l’air contradictoire dit comme ça mais c’est pourtant ce qui arrive parfois) …

  7. Très très intéressant et très vrai. j’me retrouve beaucoup. J’ai si peu confiance en moi et en mes capacités que je vais m’auto saboter. peut-être même pas pour me trouver une excuse, mais parce que je pense vraiment que ça n’ira pas.. J’espère évoluer et arrêter enfin de me mettre la pression toute seule!

    1. Ben, dans chaque cas, c’est pas forcément conscient. Quand j’écris un CR en commençant par dire « j’étais malade la veille », je me dis pas consciemment « comme ça, je vais faire comprendre que j’aurais pu faire mieux ». Ce sont des stratégies qu’on met en place sans vraiment en avoir conscience. Pour toi, ça a l’air d’être typiquement ça sauf que tu es dans le cas des stratégies d’auto-handicap comportementales : tu fais des choses néfastes à ta réussite parce que tu te persuades que tu ne vas pas réussir, c’est ça ? Du coup, c’est embêtant parce que tu te mets des bâtons dans les roues … Peut-être aussi pour rester cohérente dans ta tête : tu as une vision de toi dévalorisée donc tu agis pour que le résultat soit à la mesure de cette vision. Ça semble fou mais je pense qu’on peut vraiment agir comme ça. D’en prendre conscience est déjà un pas de géant. Reste à avancer pour prendre confiance et se donner le droit de réussir 🙂
      T’as clairement un gros potentiel Jessica !

      1. Tua svu tout juste et tu appuies là où ça fait mal! C’est exactement ça, j’ai tellement peu d’estime pour moi. Alors que c’est objectivement pas justifié. Tu vois là je te le dis sans soucis, c’est pas justifié, je mérite aps cette image que je me renvoie. Pourtant je suis incapable de penser comme ça dès que je me trouve face à une décision ou un challenge ou face à mes baskets.

        J’me mets des batons dans els roues toute seule. J’me bouge et je me donne vraiment que quand on me pousse.

        A travailler… !

  8. Faut que je relise mes CR pour voir ça… Est-ce que je m’auto-handicape? Mais c’est vrai qu’on lis souvent pleins de trucs en négatif qui donne de la « valeur » à la course réalisée. Tu dis que c’est humain. Mais c’est bien ou pas? Est-ce qu’en étant conscient d’être dans des conditions optimum, mais sans aucun stress néfaste (comme le doute de réussir malgré tout) nous permet(trait) d’être vraiment très bon?
    En comparant ça à mes études, moins je révise et moins je stresse (et plus je me plante)
    Mais plus je révise et plus je stresse (et plus je me plante aussi… ou je sors insatisfaite)
    Faut trouver le juste milieu…

    1. Je ne pense pas que ce soit bien ou mal. Disons que si tu t’en tiens à déclarer ce que tu perçois comme des handicaps (ex. « je suis stressée, j’ai pas fait une nuit de 8H la veille, j’ai loupé une séance de mon plan d’entraînement, j’ai mangé une raclette ») et que ceux-ci, dans les faits, n’en s’ont pas vraiment … Alors cette déclaration aura juste pour fonction de t’apaiser et de préserver ta self-esteem en cas d’échec.

      Par contre, si tu en viens à t’handicaper toi-même par des choses que tu fais ou tu ne fais pas, volontairement mais inconsciemment, alors ça revient à te mettre des bâtons dans les roues. Tu seras effectivement moins stressée (exactement comme pour les études, je connais ça aussi) mais tu seras moins performante à cause des handicaps que tu t’es ajouté (ex. ne pas suffisamment s’entraîner, arriver en retard à la course, ne pas s’échauffer, ne pas manger avant de courir, etc.).

      C’est la différence entre les stratégies déclaratives et comportementales ! En gros, le truc optimal (si j’ai bien compris) c’est éventuellement de garder des « excuses » sous le coude (pour déstresser et préserver ta self-esteem) tout en mettant toutes les chances de ton côté (pour se donner les moyens de la réussite).

      Encore une fois, je n’ai pas du tout toutes les clefs hein, ce ne sont que des idées comme ça … L’humain est sans doute encore plus complexe 🙂

  9. Super intéressant !! J’aime bien réfléchir à ce genre de choses (j’aime bien me poser plein de questions, ça doit être pour ça). C’est intéressant de décortiquer nos « réflexes d’auto-défense ». Et puis, même si on est conscient de ce que tu dis, je pense qu’on n’est pas forcément capable de l’éviter. Bref, vraiment intéressant et ça porte à réfléchir à tout ça…

    1. Clairement, c’est pas évident de se défaire de ce genre de réflexe … Mais tant que ça reste de l’ordre du déclaratif, ça n’est pas bien grave. En fait, je me demande si ça ne participe pas à ce qu’on continue à avancer. Je veux dire, si on fait une jolie perf’ mais qu’on estime que toutes les conditions n’étaient pas parfaitement réunies, alors on se dit qu’on aurait pu faire encore mieux donc on se projette vers l’avenir et on se fixe un objectif encore plus ambitieux. Non ? Dans ce sens, c’est bénéfique ! Mais comme je le dis, je ne crois pas que les perf’ soient autant influencées par le contexte … J’ai fait des courses un peu nulles alors que le contexte était quasi parfait et j’ai fait de « bonnes » courses dans des contextes vraiment limites ^^.
      Typiquement, mon record sur 10 K c’était incroyable vu ma soirée/nuit précédente … Mais est-ce que j’aurais fait mieux en dormant 8H et en mangeant des pâtes ? Pas si sûre …
      A contrario, quand j’ai couru mon marathon, j’ai tout fait « comme il fallait » mais j’ai quand même lâché psychologiquement au 36ème kilomètre …

      1. Oui, et je pense que c’est aussi pour ça qu’on aime la course à pied et la compétition. Il y a toujours une part de mystère et de magie sur le pourquoi du comment une course se passe mieux qu’une autre. Clairement, quand on est sur la ligne de départ, on ne peut pas savoir ce qu’il va se passer durant les minutes ou heures qui vont suivre. On se jette un peu dans l’inconnu. On s’est préparé, mais ça ne fait pas tout. On sait qu’on va se confronter à l’inconnu (bon ou mal) et le but est de savoir comment on va réagir à ça. Et c’est ce qui rend les courses intéressantes.

  10. Han je suis jalouse, j’aurai voulu écrire cet article. J’aime bien cette pseudo psychologie de comptoir (Sophie Davent ou es-tu ?), qui repose sur le bon sens et quelques lectures éclairées. C’est une approche juste, avec des mots de tous les jours et des exemples qui nous ressemblent et nous parlent. Pas besoin de convoquer les amis Freud, Lacan, et la bande à Bono, pour comprendre les stratégies ( ah non pardon les mécanismes) de défenses dont on usent pour prévenir nos frustrations hein 🙂 !

    1. Ben je t’avoue que je suis un peu du genre tout ou rien normalement, genre « je peux pas parler de ça, je ne l’ai pas étudié à fond ». Mais en lisant 2 ou 3 trucs et en prenant des précautions (« je ne suis pas une experte »), j’aime bien défricher un peu ce genre de chose. Evidemment, ça reste plus de l’observation que de la « science » héhé.

    1. Bé des fois j’ai peur de ne plus trouver d’idées mais ça cogite, ça cogite ! Un jour peut-être que ça cogitera plus, quand j’aurai trouvé le sens ultime de « pourquoi on court » héhé. En tout cas, merci.

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