10 km de Bois-Guillaume … à l’aveugle !

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J’ai couru à treize à l’heure avec Douzaleur

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Objectif moins de 45′ au 10 km – Inspirons-nous : #2 Mathilde

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Suite des rencontres avec ces filles qui courent vite. Notre runneuse du jour nous vient du Nord, de Lille plus précisément. Elle a 22 ans et prépare une Licence Pro Métiers de la Forme. Autodidacte dans son entraînement, Mathilde a un recul assez impressionnant sur sa pratique. Une pratique empreinte de rigueur mais aussi et surtout de plaisir. Quelque chose nous dit qu’elle ira loin…

Mathilde

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La course à pied et toi

La course à pied, depuis quand ? Comment y es-tu venue ? 

Au départ, je me suis mise à la course à pied dans un but exclusivement scolaire. Au lycée, une des épreuves sportives était le demi-fond et j’avais bien peine à tenir un rythme, mes poumons semblaient être totalement inefficaces. En même temps, rien de plus logique quand on sait que l’endurance est une qualité qui se travaille et s’entretient. Comme j’avais toujours eu une moyenne en sport plutôt satisfaisante, je refusais de la voir chuter et c’est la raison pour laquelle j’ai commencé à courir. Autant dire que c’était très irrégulier, dépourvu de méthode et de bon sens aussi : je partais pour une boucle de 25 – 30 minutes, courue à grande vitesse et ce parfois deux fois par jour. Il fallait absolument que je revienne avec le visage empreint de l’effort et le souffle bruyant car c’était pour moi le signe fiable que j’avais tapé dans mon cœur et qu’il allait s’endurcir. Foutaises ! J’ai été bien surprise quand un ami jogger m’a dit qu’au contraire il était primordial que je termine mon footing sans être excessivement essoufflée. Bref. On peut dire que je cours depuis maintenant 8 ans, mais que mes deux premières années de pratique ne suivaient aucun raisonnement, aucun méthode, rythmées au seul gré des envies spasmodiques et d’un effort énergétique, et que je me suis seulement investie de manière sérieuse depuis 3-4 ans.

Quel est ton “passé” sportif, s’il y en a un ? 

L’activité physique et sportive a toujours fait partie de l’éducation que j’ai reçue. Dès l’entrée en école primaire il était impératif d’être dans un club, aussi bien pour notre bien-être que pour ceux de mes parents qui profitaient d’un répit car il faut dire que j’étais très énergique et donc un peu épuisante j’imagine. Comme tous les enfants, j’ai essayé plusieurs sports, en changeant tous les ans à peu près. Judo, tennis, équitation, badminton… Ce n’est véritablement qu’au collège que je me suis inscrite dans une pratique régulière : j’ai fait du volley-ball pendant 3 ans mais sans prétention, juste pour le plaisir de gigoter sur le terrain, de monter au filet faire un semblant de smash souvent raté et de plonger pour rattraper des balles impossibles qui d’ailleurs rapportaient très rarement de points validés.

Comment t’entraînes-tu ?

La plupart du temps, je cours seule, mais il m’arrive de faire quelques sorties avec un ami avec qui la course à pied est un prétexte pour se retrouver et discuter longuement, c’est souvent l’occasion de longue sortie tranquille où nous ne sommes rien qu’à deux. Ou alors avec une amie, que j’ai initiée à la course à pied et que j’accompagne maintenant dans son envie d’aisance sportive. La course en duo est vraiment ressentie d’une manière plus intime car en plus de l’amitié il y a la complicité sportive et même si j’aime particulièrement courir en solitaire, je suis ravie de pouvoir de temps à autre partager une sortie running.

Ton rapport au chrono à tes débuts ? Et maintenant ?

Dans tout un premier temps, j’ai été uniquement focalisée sur la durée des sorties. Courir 45 minutes et 1 heure sans s’arrêter ont été mes premières lubies. Ensuite, seul le volume importait : j’ai alors testé mes limites en cherchant des distances caractéristiques comme le 15 km, le 21 km ou le 30 km. Ce n’est qu’après avoir joué avec ces deux paramètres du temps et de la distance que j’ai commencé à rechercher la performance chiffrée. D’ailleurs, je trouve que le chronomètre est une invention qui pousse naturellement au défi, non ?! Ce que j’aime le plus et ce que je recherche en permanence, c’est le dépassement, ce sentiment flou mêlant peur et ivresse où on va pousser le corps dans ses retranchements, où la détermination mentale et l’auto-conviction (alors forcée!) deviennent l’unique moteur de la course. A une période j’avais décidé de suivre scrupuleusement les recommandations sur l’indispensable intérêt des sorties longues et chaque semaine je partais courir 1h30, avec l’objectif de faire mieux que la fois précédente, de courir plus vite. La plus grande distance que j’ai pu parcourir était 19 km il me semble et j’avais terminé la séance exténuée, mais ravie et complètement euphorique physiquement. C’est pour ces moments là que je cours, cette sensation de satiété sportive.  

Tu es plutôt plan d’entraînement ou au feeling ?

Les deux ? En fait, je veille à suivre un plan d’entraînement que j’étalonne toujours sur deux semaines, voire sur quatre mais en pointillé car j’y apporte très souvent des modifications en fonction de la difficulté ressentie dans les séances précédentes ou en fonction de l’envie du moment. A mes débuts, j’ai suivi les conseils d’un ami vétéran qui avait une grande expérience puis lorsque j’ai intégré les grands principes à respecter j’ai commencé à créer mes propres plans. Je trouve que cela offre une véritable liberté et un plaisir incroyable car de manière générale suivre un plan a un aspect psychologique assez contraignant. Je modèle chaque séance avec fantaisie (mesurée quand même ^^) et ambition, pour que mes sorties soient à la fois plaisantes, variées mais difficiles et donc satisfaisantes d’un point de vue qualitatif. Mais malgré un plan plutôt précis je n’hésite pas à y faire entorse si je me sens fatiguée ou si le mode de fractionné que j’avais prévu ne correspond pas à mon humeur. Par exemple, une séance avec 12 x 200 mètres me conviendra parfaitement si je me sens motivée et réjouie par la perspective d’un contenu rigoureux ; au contraire, un désir d’une rigidité moins grande me fera pencher pour un autre forme, comme 8 x 1′ ou un fartlek en pyramide style (3 x 30/30 très rapide – 1/1 rapide – 1’30/1’30 soutenu – 2/2 rythmé)

Comment organises-tu ton planning de courses et d’entraînements ?

Je ne l’organise pas du tout ! Je ne suis pas spécialement attirée par les courses car ce que j’aime, tout simplement, c’est courir. Une compétition est synonyme de contrainte (s!) qui tendent à annuler le plaisir simple et libre de la course à pied. Se lever à 6h30 pour avaler péniblement une tranche de jambon puis tourner en rond jusqu’à ce que les heures qui nous séparent de la course daignent passer, l’esprit branché sur 1000 volts, le cœur trop rapide et les jambes qui démangent n’est pas vraiment la définition la plus juste que je puisse me faire du bonheur de cette discipline. Bien sûr, cela ne m’empêche pas de participer à quelques courses de temps à autre mais ce n’est pas systématique ni très régulier. Cette année, j’ai dû prendre le départ de cinq courses (deux trails et trois sur route) et je dois dire que c’est essentiellement sur l’impulsion d’un ami ; sinon je crois que j’aurai accroché mon dossard pour seulement deux courses, histoire de se tester sur une distance exacte, dans une ambiance galvanisante !

Le 10 km

Quel chrono as-tu réalisé sur ton 1er 10 km en compétition et quel est ton record à ce jour ?

Lorsque j’ai réalisé mon premier 10 km, je l’ai fait de manière un peu sauvage ou disons illégale. J’avais été informée de la course de la braderie par mon parrain et il m’a proposé de prendre place avec lui sur la ligne de départ. C’était essentiellement l’opportunité de partager un moment particulier à deux. De plus, comme il savait que je courais régulièrement, il estimait ma capacité à l’endurance suffisamment solide pour ne pas transformer cette sortie originale en enfer physique, musculaire ou ventilatoire. Mais aussi brouillon que moi pour les démarches administratives et la paperasse en général, il m’a inscrite sans me signaler qu’il me fallait un certificat médical… et quand je me suis présentée pour récupérer mon dossard, l’équipe organisatrice a refusé de me le donner parce que je n’étais pas en mesure de leur fournir un justificatif. Oups! Qu’à cela ne tienne j’ai couru en enfreignant le règlement, j’étais une sans dossard ^^. J’ai suivi son rythme puis j’ai décroché à un kilomètre de l’arrivée pour augmenter la cadence (mentalement,je me représentais alors qu’un kilomètre ne devait pas être interminable) et j’ai fait un sprint slalomé dans les derniers deux cents mètres quand j’ai vu que je pouvais passer en dessous d’une heure. J’ai donc ce jour-là réalisé mon premier chrono, en 59 min et quelques secondes, en septembre 2009. Mon dernier record remonte à la course nocturne de Lille Métropole en avril 2013 et j’ai bouclé le 10 km en 41’31.

Le 10 km : ta spécialité ou une distance parmi tant d’autres ?

Une spécialité ? Avec cinq courses et surtout mon engouement à en prendre le départ, je crois pouvoir dire que j’affectionne définitivement cette distance. Il m’est arrivé de participer à des trails sur 18 ou 21 km, mais je n’ai jamais essayé de distance plus courte que le 10 km. Aussi, je ne me sens pas tout à fait crédible et pertinente en me permettant de juger cette distance comme étant celle que je préfère. Néanmoins, j’aime son exigence, la rapidité que son faible kilométrage impose et la résistance qu’elle nécessite tout de même. Petite mais costaud, en quelque sorte. C’est une compétition intermédiaire qui demande tant en vitesse qu’en endurance et c’est pourquoi je la trouve très intéressante. Si on se donne à fond dans la course, il n’est aucunement question d’aisance respiratoire comme on peut l’être sur un marathon ou à la rigueur un semi tranquille, c’est bien de confiance en soi, de répondant musculaire et de persévérance dont il faut s’armer pour réussir. Ce côté challenge personnel et probablement d’humilité me plaît.

Anecdote de course : la nocturne de Lille Métropole

Je me souviens, et c’est d’ailleurs mon souvenir le plus glorieux, de la course nocturne de Lille métropole où je visais 41 min 40 (oui, c’est précis ^^) mais secrètement, au fond de moi, j’espérais pouvoir approcher 40 min. La symbolique du chiffre rond a l’air d’exercer une attraction tout à fait magnétique. (et ce de manière universelle, non?) Pour réussir le défi, il me fallait maintenir une vitesse à 14,4 km/h ce qui me laissait quelque peu dubitative. Pour l’occasion, j’avais suivi un plan spécifique, donc bien éloigné de ce que je peux faire d’ordinaire où mes allures ne sont pas calculées en fonction d’un objectif ciblé, malgré toutes les sensations à l’entraînement étaient bonnes. Mais, comme tout le monde j’imagine, la répétition de 5 x 1000 à l’allure cible ne rassure que modérément sur la capacité à tenir et renouveler cet effort sur un temps continu et une distance doublée ! M’enfin, il paraît que l’incertitude, le doute mènent à la surprise et assurent l’adrénaline (…) Au coup de pistolet, le corps semble toujours très léger et la foule a un effet euphorisant qui fait souvent démarrer la course sur les chapeaux de roue. Grisée par la nuit et par la pluie qui menace de percer, je pars à l’aveugle tandis que ma montre peste déjà et me prie par ses bips récurrents de ralentir. Avec l’expérience des courses, je sais que le premier kilomètre est trop rapide mais que ce n’est pas préjudiciable pour la suite tant que la vitesse est réduite et régulée après celui-ci. Contrairement à ce à quoi je m’étais attendue, l’allure visée n’est pas inconfortable : je suis d’ailleurs aux côtés de mon ami et sur la première moitié du parcours je me permets de discuter un peu et lancer quelques plaisanteries. A l’approche du cinquième kilomètre, je sens les grappes de coureurs autour de nous être un peu tendus, même mon ami semble être rentré en lui-même, en pleine concentration alors je décide de casser la léthargie ambiante en demandant avec humour si l’échauffement est terminé et si on peut accélérer maintenant. Les sourires sont unanimes, alors que l’effort est entamé et la dernière moitié est la plus longue et difficile. Honnêtement, j’appréhende la suite car je continue d’avoir du mal à concevoir maintenir cette vitesse jusqu’à la fin. Est-ce seulement possible ? Suis je suffisamment entraînée ? Le léger dénivelé cassant ne va t il pas rompre mon énergie ? Au septième kilomètre, mon ami et moi constatons avec mauvaise surprise que nous sommes en retard (notion abstraite car comment peut-on décemment être en retard alors que l’on ne fait que courir?!), il nous faut renforcer la cadence, muscler la foulée. Au huitième, le constat est le même mais les forces sont difficiles à mobiliser, lui n’en peut plus, il me dit de filer, j’accélère bien que je sache d’avance que la compensation par une fin de course rapide ne permettra pas d’aller attraper le chrono secret. Je tente malgré tout d’y aller à l’épuisement et chercher à obtenir le meilleur temps possible. Les deux derniers kilomètres sont courus à fond et le dernier n’est qu’un long sprint qui me déchire les poumons. Sitôt la ligne franchie, je m’arrête et marche, la respiration scandée, le visage brûlant et le cœur qui tressaute. J’en garde le souvenir de la course la plus rapide, difficile car avec quelques montées et descentes, la plus noire où la pluie et le vent se sont ajoutés à l’obscurité et la plus délirante avec un nouveau record et une sensation d’épuisement et d’explosion.

Qu’est-ce qui, selon toi, t’a permis de vraiment progresser sur cette distance ?

Sans l’ombre d’un doute, je dirai la régularité, la progressivité et surtout la conviction. Pour preuve, j’ai couru mon premier 10 km en 2009 en 59 minutes, mon deuxième en septembre 2012 en 48’30, mon troisième en octobre 2012 en 44’30, mon quatrième en 41’31 en avril 2013 puis mon dernier en 43’54 en mai 2013. Je ne suis parvenue à ces résultats qu’à force d’entraînements réguliers, à des intensités variées qui n’allaient jamais au-dessus de mes capacités. La clef, c’est l’envie, le plaisir, la joie que la course à pied déclenche et procure. Je n’ai pas effectué une seule sortie avec les pieds traînants. La sortie longue m’ennuyait ? Je la zappais et la remplaçais par un contenu plus ludique, en fractionné libre ou bien structuré. Je ne me sentais pas fraîche musculairement pour enchaîner 10 x 300 mètres ? Je transformais la séance en fractionné long ou en paliers de résistance. L’essentiel est que rien ne soit figé, tout est transformable, modulable au gré de la forme et de la motivation. Après, bien sûr, à côté d’un enthousiasme intact et serein, il faut veiller à calibrer correctement ses séances, c’est-à-dire ne pas chercher à sur-estimer ses capacités car ce serait se traumatiser par un échec inutile et faussé par ailleurs. Je crois qu’il est nécessaire de partir sur des bases simples, à un niveau peut-être sous évalué au départ pour, petit à petit, semaine après semaine, voir à relever la difficulté. Par exemple, en février, je tournais mes séries de 200 mètres à 18 km/h, pour les faire ensuite à 21 km/h en avril. Le corps est une machine formidable mais qu’il convient de préparer et de renforcer à l’effort en respectant des paliers de progression. Une fois cela acquis et appliqué, tout devient possible !

LA séance à ne manquer sous aucun prétexte pour progresser sur 10 km ?

La séance à ne pas manquer ? Ou plutôt celle à créer serait une séance tournée vers la notion de PMA (Puissance maximale aérobie). Je trouve qu’on parle beaucoup, et c’est bien!, de la VMA, de la nécessité de la stimuler et l’augmenter en multipliant les fractionnés courts mais on ne met pas assez souvent en relief la notion de résistance qui pourtant, à mon sens, est tout aussi importante. Courir plus vite est intéressant, mais courir vite plus longtemps ne l’est-il pas encore davantage ? En plus d’un fractionné long, d’un fractionné court et d’une séance longue, j’ai ajouté à mon planning une séance hybride qui est une compilation des avantages spécifiques à chaque type de séance. Je travaille de manière combinée la vitesse et l’endurance qui fusionnent alors en résistance. Pour donner une idée plus précise, ma séance par paliers peut ressembler à ceci : 15 minutes échauffement à 12 km/h, puis 5′ à 12,5 km/h – 5′ à 13 km/h, 5′ à 13,5 km/h – 5′ à 14 km/h – 1′ à 15 km/h puis 5′ courue lentement ou en marchant avant d’enchaîner avec la même suite de progression une dernière fois, et retour au calme 10 minutes. Sinon, ce que je fais régulièrement aussi c’est des séances défi où je choisis une distance courte, généralement 3 km, que je prévois de courir aux sensations en cherchant à maintenir la vitesse la plus élevée. Mais le but n’est pas de vouloir être totalement épuisée car je renouvelle l’effort une deuxième et dernière fois en tentant d’améliorer de quelques secondes le premier temps. En plus d’être une simulation d’une stratégie de course, cela ouvre un nouveau terrain de jeu qui est un dépaysement bienvenu après quelques années de pratique régulière. 

Quelle est ta plus grande fierté ? (Sur 10 km ou ailleurs, je ne suis pas sectaire 😉 )

Étrangement, la course qui fait ma fierté n’est pas celle où j’ai établi mon record, mais plutôt ma dernière compétition avec pourtant un chrono décevant en comparaison de mes anciennes performances. Je crois que je n’ai jamais tant donné de moi-même que ce jour-là ! C’était au Jogging des fraises à Verlinghem, une course qui gagne à être connue et avait réuni un nombre impressionnant de coureurs. Pourtant habituée au village et habitant tout proche, j’arrive un peu en retard (mentalement je m’autorise à saboter mon échauffement – une stratégie pitoyable qui nous autorise inconsciemment à ne pas partir dans les temps n’est-ce pas ?) mais la marge temporelle est encore suffisante pour ne pas me plonger dans un stress oxydatif. Je récupère mon dossard, l’épingle, tasse dans mon sac ma veste qui me semble inutile (ridicule : il aura plu pendant toute l’épreuve …) et la serviette de bain offerte, confie mon sac aux bénévoles à la consigne et pars prendre place dans l’interminable file d’attente pour les toilettes. Courir avec la vessie pressante ne fait pas partie des expériences que j’aimerai tenter. Quand mon tour vient enfin, la rumeur que le départ du 10 km femmes serait avancé de quelques minutes a déjà tourné plusieurs fois, ce qui a accentué la pression et l’impatience féminine générale. A ma montre, il reste encore cinq minutes avant le départ officiel ; pour dire vrai je crois très peu à la rumeur qui a été lancée : véridique ou le résultat de l’inquiétude normale des participantes un peu serrée dans leur timing ? Je n’y porte pas d’intérêt, prends mon tour puis sors enfin à l’air libre pour effectuer quelques gammes et un trot bâclé afin de ne pas partir à froid. Je trouve juste à côté un petit parking autour duquel j’effectue trois tours et je prends la direction de la ligne d’arrivée, à 300 mètres de là, mais il me faut me faufiler dans la masse compacte des coureurs trépignant. En approchant du départ je comprends qu’il y a quelque chose d’anormal et le commentateur bénévole confirme mon impression en me criant que les féminines sont déjà parties. Aie ! C’est la première fois qu’une telle mésaventure m’arrive, mon corps et mon esprit prennent une joute mi-surprise mi-rage et désespoir puis je bondis, comme un geste électrocuté et me mets à courir après les minutes perdues. Bien sûr, je suis rapidement freinée par la foule des coureuses que je tente de percer vainement mais à force de persévérance et d’opportunités furtives je gagne quelques mètres, double par la droite, passe entre les coudes, mords les bas-côtés, grimpe sur les trottoirs… Je profite de chaque ouverture pour avancer dans le peloton et en atteindre la tête pour respirer enfin et poser mon allure. Le début de course est donc un slalom géant avant de rapidement tourner à la course désespérée mais paradoxalement pleine d’espoir. Chaque coureuse dans mon champ de vision est un repère qu’il me faut dépasser, je cours au train, en délaissant complètement ma montre. Mon obsession est de doubler le plus grand nombre de participants pour remonter la course, me placer là où j’avais prévu d’être. Je finis en 43’54 alors que j’avais espéré battre mon précédent record de 41’31 mais à l’arrivée un bénévole me tend un enveloppe sur laquelle il est écrit 12 F. Sur le moment je ne réalise pas tout à fait, je suis trop exténuée, suffocante pour agiter mes neurones et les mener à une quelconque réflexion. Quand j’ai repris mon souffle et mes esprits, je comprends que je suis la douzième féminine et donc que j’ai doublé pas moins de 482 coureuses ! A cela s’ajoute la satisfaction d’avoir terminé première de ma catégorie et j’en oublie alors de bon cœur le chronomètre manqué.

Voir plus loin

Quels sont tes projets, tes rêves en course à pied ?

Mon rêve ? Facile : avoir des tendons et des muscles dociles pour ne jamais souffrir aucune douleur, courbature, contracture ou tendinite. ^^ Plus sérieusement, j’ai plusieurs petits rêves, comme courir de nouveau dans la neige cet hiver ou courir en pleine nuit avec des amis. Sinon, dans un format plus grand, je dirai pourquoi pas projeter de courir le plus possible de semi-marathon en France et à l’étranger. Mais très simplement, courir toute ma vie sera déjà une grande source de bonheur !

A court terme, quels sont tes objectif sur 10 km et sur d’autre(s) distance(s) ?

Pour l’instant je suis dans une phase de transition où j’ai repris la course à pied avec beaucoup de précaution et de délicatesse dans la programmation des séances car j’ai eu un bel accident cet été qui m’a empêché de pratiquer tout sport pendant 1 mois. Cela fait aujourd’hui six semaines que je cours de nouveau et d’ailleurs pas plus tard que samedi dernier (19 octobre), je me suis improvisé un défi sur 10 km, que j’ai terminé en 43’44. Je retrouve donc doucement mon état de forme initial mais le processus demande de la patience et exige surtout d’être raisonnable (ce qui n’est pas facile!) Dans la suite logique des choses je vais essayer de valider 42′ en entraînement avant de m’inscrire en compétition où je tenterai de faire 41′ ou même, soyons utopiques et motivés, le chrono symbolique de 40′.

Freestyle

Entre nous, ça fait quoi de courir à presque 14,5 km/h sur 10 bornes ? 😉

Honnêtement ? Au début, tout est facile, la vitesse se laisse atteindre et dépasser aisément. La fraîcheur physique, le stress d’attente et l’adrénaline du coup d’envoi y sont pour beaucoup, si ce n’est la totalité. A la moitié du parcours, les yeux contrôlent plus souvent la montre car l’allure n’est pas totalement calibrée, il est courant d’osciller entre 0,2-0,3 km/h en-dessous et 0,2 km/h au-dessus. Aussi, il faut régulièrement prendre conscience de sa propre vitesse pour rectifier la cadence, et c’est souvent à la hausse que la correction se doit d’être faite car même si l’on est capable de tenir l’objectif fixé d’un point de vue musculaire, cardiaque et respiratoire, le corps a tendance a revenir à une foulée plus confortable. Il est clair que je ne m’entraînais pas systématiquement à courir à 14,5 km/h lors de chaque sortie, ce qui fait que mon corps a plus volontiers mémorisé ma gestuelle d’échauffement autour de 12,7 – 13 km/h et il tendra donc naturellement à s’en rapprocher autant qu’il le peut, Pour moi, l’effort fourni n’est pas exclusivement physique, je dirai même qu’il est à dominante mental. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que l’on conseille généralement de rester concentré sur sa course, d’entrer en soi, de ne pas dériver vers des pensées négatives et dépréciatives. J’aime bien l’idée que la difficulté de courir à cette vitesse est de continuer à s’investir dans un dialogue intérieur confiant, à être totalement concentré malgré le cliquetis bruyant du corps en action et en effervescence (d’autant plus sonore et insistant physiologiquement que la vitesse est élevée) En image, cela donne quelque chose du genre : continuer à entendre et à écouter sa voix intérieure malgré le vacarme de la machine en marche.

Un grand merci à Mathilde pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. J’ai appris beaucoup de choses en la lisant et je suis quasiment sûre que vous aussi. Je te souhaite une bonne reprise et une longue vie en course à pied, avec toujours autant de plaisir allié à la performance. Un grand bravo !

 

15 comments

  1. Comme tu dis, 22 ans « seulement » et un recul monstrueux sur la pratique, sur les méthodes d’entrainement et sur la façon de s’améliorer. Ça me laisse bouche bée. J’ai adoré cette interview, et l’ai lu avec énormément d’attention.

    Un point qui m’a particulièrement intéressée concerne la notion de PMA. Au début j’ai toujours été sceptique concernant la méthode, pourtant classique « fais de l’endurance tout doux + fais de la vitesse très courte ===> BIM, moyenne magique, tu peux courir longtemps et vite » … Mouais…. J’ai eu beaucoup de mal à assimiler ceci, mais cette méthode de fractionné un peu plus long, avec des vitesses un peu plus rapide, m’intéresse beaucoup.

    Un potentiel monstrueux, développé par un entrainement sérieux mais surtout raisonné.
    Bravo Manue pour cette Interview, Bravo à Mathilde et bon vent à elle dans son monde du running, qu’elle atteigne tous ses objectifs !

    1. Yes, c’est clair que les séances de PMA sont super intéressantes. Sans doute difficiles mais tout de même ludiques. J’avais fait des choses un peu semblables sur tapis de course l’hiver dernier (l’intérêt de pouvoir régler très précisément la vitesse …) et ça avait plutôt bien marché alors que je m’étais concocté un plan complètement au feeling.
      Je copierais bien aussi les séances « défi » où tu cours trois kilomètres à fond de balle. Juste pour avoir le plaisir d’avoir la sensation de vitesse … !
      Merci Mathilde (encore) !

  2. Bravo pour l’ITW et pour avoir trouvé une ITWievée qui te fournisse des réponses aussi riches et argumentées. Tiens ca m’a donné envoie de tester ca séance type de PMA ce soir en me faisant un petit runfromtaftohome.

  3. On ressent vraiment tout l’amour que Mathilde porte à la pratique de la CàP en toute « Liberté » !
    Je lui souhaite de continuer à prendre autant de plaisir à chacune de ses sorties.

    Bravo pour cette entrevue bien complète et très captivante !

  4. Whaou ! Alors là, ça laisse rêveuse… 22 ans… ça promet ! Bravo à toi Mathilde 🙂 Et surtout, bravo pour ta pratique décontractée et à ton image. Merci d’avoir partagé tout ça avec nous. C’est super difficile, je pense, de ne pas se laisser influencer par tout ce qu’on peut lire sur ce qu’il faut ou ne faut pas faire, et ça fait donc du bien de voir que, oui, chacun doit trouver SA façon de courir et de s’entrainer pour prendre du plaisir dans la pratique.

    (PS : Je suis rassurée, je ne suis pas la seule à faire des romans ;-))

    1. Héhé, ça nous laisse toutes (tous ?) rêveuses je crois ! C’est peut-être ça la clef : y aller décontractée, se faire confiance et apprendre à gérer ses plans en autonomie ? Enfin, j’imagine qu’il y a autant de clef qu’il y a de tempérament, ceci dit !

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