Marathon 2013 : l’analyse à froid

21 juin 2013

On a refait la course avec Pasaprèspas (1/3)

21 juin 2013
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coach-yelling-at-athlete-716268Il existe 1000 raisons de courir, mais aussi 1000 façons d’aborder une course.
Quand j’ai commencé à raconter ma prépa marathon, un gars a déboulé sur le blog en me criant dessus. Malgré cette entrée en matière musclée et après avoir constaté notre amour commun pour les Saucony, nous avons beaucoup échangé. Il vous dira qu’il n’a que deux marathons au compteur et qu’il est encore un grand débutant. Moi, ce que j’en sais, c’est qu’il a toujours fait les chronos qu’il voulait faire. Du coup, je l’ai écouté. 
Et puis au moment du debrief, on a mesuré nos différences en matière d’approche de LA course. 
Ça donne un post à 4 mains, sur le mode « café des sports ». Et on est tellement bavards qu’on l’a coupé en trois.

Dans ta bulle

Pasaprèspas  En lisant ton récit, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est à quel point tu voulais profiter de la course, tu parlais beaucoup, tu regardais pas mal autour de toi, non ? Au point d’attendre tes supporters comme une aide précieuse on dirait. Bref, je t’ai sentie hyper ouverte sur l’extérieur, je me trompe ?

Running Suckss Avant de commencer cette course, je pensais être beaucoup plus focalisée sur mon temps. Habituellement, j’y porte quand même beaucoup d’intérêt, ne nous le cachons pas. Mais là, dès le début, je me détache complètement de ce paramètre.

hippie

Youpiii allons tous courir un marathon main dans la main en chantant « We are the world »

J’avais envie de grignoter chaque instant comme un bon biscuit au beurre tu vois ? Et je sais pas, c’est comme si j’étais à moitié shootée, pleine d’amour pour mon prochain … Bref, complètement neuneu ! Sauf qu’à un moment … Le prochain devient franchement plus très souriant. Les coureurs souffrent, leurs supporters s’inquiètent et scrutent le parcours pour voir venir leur champion. Ils ne sont plus à la fête, ils n’ont plus envie d’encourager des inconnus.

Et j’ai cru que mes proches allaient avoir un effet magique sur moi. Je les ai tellement attendus …

J’ai l’impression que toi, tu es complètement « dans ta bulle ». Beaucoup plus concentré. Tu as l’air d’intérioriser la course non ?  

Dans ta bulle

Pasaprèspas sur marathon

PAP Oui, je suis complètement renfermé sur moi même, c’est un état de concentration total. Avant et après, je suis cool, je discute, je n’ai pas besoin de m’isoler ou de me concentrer tant que ça (j’ai déjà bien assez préparé la course dans la tête les jours précédents… 😉 ). Par contre, à 2 minutes du départ, c’est fini, je ne parle plus, et ça reste comme ça jusqu’à la fin ou presque. J’ai bien parlé un peu pendant mes deux marathons, mais quelques mots, jamais plus. Et par pour demander « vous venez d’où ? ». Non, que des mots sur la course, « allez il reste 5km, il faut tenir » ou «t’es nul, je te fume» (je déconne). Bref, je reste dedans en permanence, comme si en sortir trop longtemps risquait de me faire perdre le fil.

Une amie m’a dit que j’avais le « tunnel vision », les oeillères quoi. Sur des fins de course, tu me demandes s’il y avait du monde à l’arrivée, à quoi ressemblait le paysage, je ne peux même pas répondre, je ne le voyais pas vraiment ! Je ne prends rien de l’extérieur, sauf en fin de course à la limite, j’entends les encouragements si je pousse à bloc, mais sans voir ou regarder les gens. Ayant l’habitude de courir seul, je n’imagine jamais mes proches comme un espèce de « ravitaillement d’énergie », toi on dirait que tu le voyais comme ça et que ça t’a mis un petit coup derrière la tête non ?

RS Ça m’a clairement mis un coup oui parce que je me rattachais à ça. Je disais « allez, j’ai besoin de vous là ». Quand ils sont arrivés, c’était trop tard (à 300 mètres …). Je les ai vus mais j’avais lâché, ils ne pouvaient plus rien pour moi. Sur le moment je m’en suis voulu, je n’ai même pas vraiment compris pourquoi je marchais. J’avais l’impression de gâcher ma course … Et si près du but.

Pourtant, je ne regrette rien. Parce que cette façon d’aborder la course a été très riche, très intense en émotions. J’y ai sacrifié mon chrono, mais j’ai encore en tête tous ces regards, ces échanges. C’est aussi sans doute parce que je ne suis pas SI loin de mon potentiel que j’ai cette sensation. Je ne me suis pas non plus complètement viandée.

Pendant que je courais, j’ai pensé à une phrase de ton compte-rendu du marathon de Paris 2011 : « Et pourquoi je m’étirerais d’abord, pas de crampes, les jambes vont bien ». Je me suis dis « mais putain, toi aussi tu es bien, tu n’as pas de crampes, tu peux avancer encore ». Pourtant, y’a eu ce je ne sais quoi qui a flanché …

Aussi, toi, tu étais fixé sur un chrono. Moi, dès le début, c’était le flou total. Je ne me suis pas rattachée à ça : faire moins de 4h10 par exemple.

On ne peut pas tricher

PAP Et c’est sûr que le chrono, c’était imprimé bien profond avant mes départs. C’est vrai que depuis un moment, sauf course courue avec quelqu’un, j’ai du mal à me mettre en mode « je profite, je partage ». Pourtant pour mes deux marathons, je suis parti en début de préparation à chaque fois dans l’optique « allez, on finit, ça sera bien ». Puis doucement, l’objectif du chrono est devenu presque une obsession. 4h. 3h30. Et pas 4h02 ou 3h31. Une obsession de franchissement de limite, il fallait voir un « 3 » au début la première fois, puis un « 2 » après le 3. Et ce n’est pas qu’une obsession de chiffres maintenant, mais aussi d’état, de savoir que j’ai poussé à ma limite, c’est un espèce d’état second avec la fatigue. C’est pas trop un mode bisounours à ce moment là, franchement je me renforce à voir les autres souffrir et abandonner (désolé pour eux…). Et c’est une énorme décharge d’adrénaline sur la fin quand tu es dans cet état et que tu chasses un chrono que tu attrapes. C’est à la limite de la drogue à ce niveau, j’adore l’endorphine, mais ça c’est plus fort. Et APRES la ligne, je peux passer en mode bisounours.

Pasaprèspas

* *

         Avant

                      Pendant

          Après

Running Sucks

 
* * *

                Avant

                Pendant

               Après

Mais ça fait aussi un moment que je pense à faire un marathon dans ton esprit, à la limite je suis presque jaloux. Ça va paraître paradoxal, mais j’ai peur de me faire mal comme ça ! Comme si ça allait être plus dur, que j’allais manquer de motivation pendant la préparation, puis souffrir pendant la course.

Donc la prochaine fois, tu les placeras mieux, style au 30ème ? 🙂 Ou bien tu comptes faire différemment ?

RS Je ne sais même pas si je pourrais faire autrement. J’ai l’impression que c’est dans mon caractère. Pourtant, j’ai envie de m’améliorer, d’être une vraie guerrière qui ne lâche rien. Mais, ce n’est pas moi. Je n’ai pas choisi de le courir comme ça, ça s’est imposé à moi. On court avec tout son être je crois, on ne peut pas tricher. Après, une fois passée cette première fois, j’aborderai peut-être les choses plus froidement. Je sais pas …

Comment je me voyais sur marathon.

Comment je me voyais sur marathon.

Comment j'étais vraiment sur marathon

Comment j’étais vraiment sur marathon

A l’inverse, je ne sais pas si tu pourrais courir un marathon comme moi. Je me demande si le chrono ne viendrait pas te faire de l’œil malgré toi. C’est aussi une mise à nu plus importante : dans la mesure où tu es dans le mode “partage”, tu montres finalement ce que tu “ressens”. La joie au départ, mais aussi la déception et la souffrance plus tard. Tout n’est pas intériorisé, au contraire. Et franchement, pleurnicher au bord de la route, ce n’est pas ce qu’il y a de plus reluisant. Tu fais état de ta faiblesse. Bon, je préfère ça à gueuler sur les autres par contre (rah ce papy grognon !).

Ceci dit, je crois que je tire autant de satisfaction dans cette course AUSSI parce que j’étais bien entraînée. Ce mur que j’ai vécu, il était quasiment uniquement psychologique. Si le corps s’était mis à faire des siennes aussi, est-ce que j’aurais fini comme ça, à plus de 13km/h (juste les 200 derniers mètres hein, faut pas rêver non plus !) (et on ne rit pas, 13km/h pour moi c’est vite. Surtout à la fin d’un marathon !) ? Est-ce que j’aurais autant apprécié les 35 premiers kilomètres et les 2 derniers ? Pas si sûre.

PAP J’ai l’impression que tu t’es préparée quasiment toute seule aussi, je me trompe ? Tu n’es pas en club, pourquoi ?

RS Oui je me suis préparée toute seule comme une grande. Je suis un peu rigide parfois et quand je suis un plan, j’aime le suivre à la lettre. Et pour s’entraîner avec d’autres personnes, il faut un peu plus de souplesse. Pour être rassurée, j’avais besoin de faire la bonne élève.

Et puis, j’ai déjà pas beaucoup d’amis qui courent mais encore moins qui ont mon niveau. J’ai un pote qui voulait faire des footings avec moi mais il se fait chier sous les 11 km/h. Je lui ai dit : laisse tomber Coco.

Le club par contre j’y pense … Mais j’attends d’être bien fixée à un endroit (ce qui n’est pas encore tout à fait le cas). Enfin, mon coeur balance entre rester complètement seule et libre ou me frotter à l’ambiance club. Aussi, je n’ai pas envie d’être dans un gros esprit de compétition avec d’autres, c’est ce qui m’effraie avec le club.

Mais toi le grand solitaire, tu t’entraînes pourtant avec du monde ?

PAP Ca dépend. Je mixe. Avant, jamais seul. Puis j’ai découvert que je progressais plus vite, et que surtout j’aimais ça ! Beaucoup de personnes citent l’émulation comme moyen de motivation pour courir. Moi j’aime ma liberté sans club (courir à 21h ? Banco ! Courir à 6h du mat ? Banco ! Courir le midi au bureau ? Banco ! Pas courir, pas envie, on joue à la PS3 ? Banco !), et je me nourris beaucoup de ma motivation en solo, je trouve que ça me blinde (style : “ben ouais, il pleut, il pèle, je cours, les autres pleurnichent à la maison”). 40 sorties pour la prépa de mon second marathon, 36 tout seul. Mais la plupart du temps je mixe un peu plus, j’aime bien aussi partager. Mais je dois être moins social que toi quand même, je suis trop timide pour aller taper la discute comme ça sur les courses 😉 Bon, je suis pas un autiste non plus, même si j’intériorise, sur la fin de la course, je me laisse aller, c’est mon grand kif justement, pour un grand timide comme moi.

Et sinon une question qui va paraître bête, mais ça t’a semblé long ?

RS Ça ne m’a pas semblé long DU TOUT. Les kilomètres déroulaient et je me demande à quoi j’ai bien pu penser pendant ces 3h30 …

PAP  Ah ah ah. Moi c’est pareil, vu l’état de concentration dans lequel je me mets, mes deux marathons m’ont semblé courts. Ramassés. Denses. Je m’ennuie sur des sorties « longues » parfois (maxi 2h15 pourtant…), mais sur les deux courses, j’ai une impression de « rapidité ». J’ai plein de « check points » à l’esprit, les ravitaillements, des limites de km (10, 14, 21, 28, 30, 32, 35, etc…), je surveille bien mon chrono, le cardio au départ, bref, j’ai l’impression d’être beaucoup plus occupé que sur un 10 ou un semi à la limite !

A suivre …

21 comments

  1. Super article d’autant qu’on ne peut pas avoir plus opposé en termes de caractère 🙂
    À part le côté obsessionnel mais ça je pense que c’est propre à tous les coureurs.

  2. Quand tu ne sais pas à quoi ressemble Pasaprèspas et que tu tombes sur l’illustration avant-pendant-après marathon, tu sais que tu ne liras plus jamais ses commentaires de la même façon. J’ai tellement ri des illustrations choisies (dans sa bulle aussi)… j’aime beaucoup!

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